Difficile de ne pas être d’accord avec Melenchon (sur Pujadas et au-delà…)

Posted on 9 octobre 2010

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Le prochain doc de Pierre Carles « Fin de Concession » fait une nouvelle fois parler de lui après les critiques aussi sévères que réalistes de Montebourg au sujet de TF1 dans un extrait déjà diffusé. Cette fois, on voit Jean-Luc Mélenchon réagir au traitement de conflits sociaux par David Pujadas, présentateur du 20 Heures de France Télévision. Le mot de « salaud » est lâché en réaction devant quelques extraits du JT et buzze. Pourtant le dirigeant du Parti de Gauche, qui traite aussi de « larbin » l’homme qui, alors filmé par Canal+ dans les couloirs de France Télévision, jubila devant les attentats du 11 Septembre comme me le rappelle  Fabien (@Menilmuche sur Twitter), pose le début d’une problématique qui demanderait que l’on si penche un peu plus. Au-delà de réactions corporatistes, que j’avais pu partager en étant en total désaccord lorsqu’il s’en était pris à un précaire du journalisme il y a quelques mois.

Un Pujadas occupe certes une place particulière dans ce système de production d’information. Il est assis dans une position privilégiée à laquelle on s’accroche, avec des relations particulières aux pouvoirs de toutes sortes, un passé professionnel sur LCI, chaîne du groupe TF1, qui laisse peu de doutes sur les raisons qui l’ont conduit à son actuel fauteuil… Et j’en passe. Mais derrière se profilent d’autres questions plus générales auxquelle  je ne vais d’ailleurs pas prétendre apporter les réponses. Un confrère qui me fait l’amitié d’entretenir des liens réguliers alors qu’il a quitté le métier du journalisme et pris du recul me fait souvent remarquer que la profession est « majoritairement composée de gens grégaires et moutonniers » 😉 J’ajouterai que dans une chaîne de gens honnêtes, pas dépourvus de compétences, plutôt favorables à certains mouvements, même sans véritable volonté de censure ou d’interventionnisme hiérarchique… on peut aboutir à une vision ambivalente du type de faits évoqués dans les sujets de JT de cette vidéo.

Ce qui semble devoir être remis en cause c’est une certaine logique de l’info. J’écarte ici la part marketing, obsession des ventes et du « coup », situation économique et sociale de multiples médias, état de la profession… Et même l’influence des directions, propriétaires et actionnaires. Je vais même jusqu’à raisonner sur des hiérarchies totalement composées de gens sans arrière-pensées, qui auraient été mises en place pour bordurer une ligne où l’on ne sort pas des clous voulus par les pouvoirs, qui ne penseraient pas à leurs carrières et ne seraient pas bloqués par une certaine frilosité.

Autant dire que j’écarte pas mal de paramètres 😀 Pour tenter de voir que l’un des plus importants est fixé dans une forme d’idéologie journalistique et (pseudo) démocratique. C’est ce que l’on pourrait appeler le culte de l’info dans une acception (je pense mal traduite en plus) d’un soi-disant modèle américain. Il s’agirait alors d’aborder les sujets comme les conflits sociaux de façon analytique. Autrement dit en faire le tour et – là on est entre logique commerciale et suppositions préconçues sur la théorie du « parler au lecteur de ce qui le concerne et l’intéresse » (comme si on le savait :p) – grossir ce qui est censé le toucher de plus près. C’est un peu l’histoire de Villepin sur le CPE : « J’entends ceux qui manifestent et ceux qui ne manifestent pas… »

Du coup on y va sur les nuisances possibles liés au conflit en cours, le développement que l’on espère équitable des arguments des deux camps et j’en passe. Souci: par manque de temps, de spécialistes, d’effectifs…, on plonge vite dans la réaction basique du mécontent et dans la réduction des éléments de fond du dossier aux deux explications antagonistes en négligeant les approches minoritaires, iconoclastes, radicales… Pour faire vite, tout le monde se met sur la ligne des plus influents qui donnent le la et (aussi) sur ce que fournissent les agences comme axes majeurs. C’est ainsi qu’un formatage à un souci d’honnêteté, d’équilibre, « d’information et non pas d’opinion » conduit à des traitements aussi partiels que partiaux.

L’autre aspect auquel renvoient les sujets de France 2 évoqués dans l’extrait, c’est le « débordement » du cadre défini comme normal. En clair, c’est là qu’agit une espèce d’idéologie démocratique qui voudrait que la violence, fut-elle aussi légère que symbolique, n’existât pas. Formé pour se penser évoluant dans un système qui serait le fin du fin, le journaliste voit dans toute action qui sort du cadre défini habituel (manif bon enfant, occupation des locaux, négociation…) un « dérapage ». Ce faisant il écarte la somme des violences réelles que subit l’une des parties. Il se soumet totalement aux intérêts des occupants des pouvoirs (qui pratiquent des formes de violences allant du symbolique à la répression), souvent sans s’en rendre compte. Problème: il se fait alors le gardien d’un ordre établi en abordant ce qui n’est pas du registre habituel (lors d’un conflit en l’occurrence) comme une transgression inacceptable (et qui sera présenté ainsi par les pouvoirs politiques et économiques) au lieu de soulever la question de savoir si ce ne sont pas les certitudes sur la pertinence même du mode d’organisation de la société qui sont à revoir. Car arrivé à un point, il y a bien lieu de se demander quelle est la réalité démocratique en laquelle nous sommes sommés de croire.

Il ne faut pas négliger non plus que la formation, le background, les origines, le milieu, les fréquentations… du journaliste sont souvent, et de plus en plus, les mêmes que ceux des membres de ce « pays légal » (l’expression vient de l’extrême droite certes mais est parlante) où prévaut une forme de pensée unique d’un libéralisme plus ou moins tempéré.

Cela dit Meluche, quand il aborde les autres moyens d’expression aurait pu penser à internet 😀 Le blogroll juste à droite te renverra ami lecteur sur quelques uns des espaces critiques de la toile 😉

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