Ceci n’est pas un billet politique

Posted on 23 janvier 2011

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Politiquement gavé. Pour ne pas dire out. J’entends bien les bruits de la petite agitation. Mais elle me semble loin, si loin. Pas que je sois parti pourtant. Pas vraiment. J’ai l’habitude des ces périodes où les trop-plein d’actu tournent à l’indigestion et où la chronique des aléas n’a pas plus d’attrait que la promesse d’un repas sans saveurs. Rien d’anormal quand on ingurgite des infos à longueur de temps et de toutes natures. Cette soupe au rabais est surtout celle de ce flux politique qui d’un coup semble ne plus être qu’un vieux fond de chaudron trop souvent réchauffé. Alors les autres chemins semblent avoir le charme d’une petite auberge inconnue ou d’un établissement proposant au palais les innovations d’un créateur encore obscur et débutant. Et surtout, il s’avère qu’ils n’en sont pas toujours moins politiques. Certains d’entre eux au moins. D’autant que cette fois la rupture semble profonde.

« Changer la vie » était un beau slogan autrefois. Qui pourrait encore, même pas le faire mais au moins donner envie d’y croire ? Pourtant il le faudrait plus que jamais. Mais là où d’autres plus opprimés viennent de se lever sur l’autre rivage de notre Méditerranée, les poisons de la démocrature paraissent pour l’heure si bien fonctionner… Même si on n’est jamais à l’abri d’une belle surprise. Rien ne semble pouvoir changer la vie de ceux qui en ont plus besoin urgemment que moi; et aucun des lendemains esquissés par les prétendants au jeu normalisé ne me laisse imaginer être à même de changer la mienne, de vie – pas si inconfortable il est vrai -, qui n’en peut mais d’un ordre destructeur des petites parcelles de vie s’allumant encore pour les plier à ses normes.

Difficile donc de croire en des praticiens d’une politique qui respire le passé par tous les pores, fussent-ils pourtant rangés dans le rayon « contestataire ». Et, il y a comme un air qui revient : ce qu’eux ne prétendent à faire, alors il m’appartient d’y oeuvrer. Et je glisse du « changer la vie » à un « changer ma vie ». Egoiste mais pas seulement. Parce que, réécoutant l’autre jour une interview de Ferré, j’entendais en résumé quelque chose comme « la révolution ça commence par en haut, je veux dire dans le cerveau de chacun. C’est là qu’il faut la faire d’abord pour être prêt quand il le faut à la faire dans la rue ».

Sans en voir tous les traits, je perçois ça et là que certains ont déjà commencé à tracer de telles lignes qui ne sont pas destinées à être suivies mais peuvent inspirer. Ainsi, depuis quelques temps, le soir au boulot, je croise régulièrement en allant m’enfumer l’un de ces jeunes gens que la « machine » utilise en toute précarité. Sauf qu’il me donne l’impression d’avoir tourné cette oppression en liberté. Développeur, impliqué dans une multitude de projet, il n’est là que pour une mission rémunérée et apporter ce qu’il sait des systèmes complexes à ceux de « l’intérieur » qui ne savent pas vraiment s’en débrouiller. Il rentre certes dans la machine à produire mais me semble habilement exploiter ce qui a été construit pour lui faire subir le poids de l’exploitation. En clair, il ne s’est en rien inféodé à « l’entreprise » et encore moins à l’infrastructure dont elle n’est qu’un des rouages.

Sans le savoir, il m’a remis sur de drôles de pistes. Même si je ne néglige pas qu’elles ont aussi pour elles de porter le regret de la jeunesse. Mais, paradoxe, la période où les choses me semble avoir été le plus supportables et ma liberté le mieux préservée est celle durant laquelle, fauché et sans « sécurité », je vendais mes « talents » et services à plusieurs employeurs, combinant l’alimentaire avec quelques travaux apportant le plaisir de s’y plonger. Me contentant volontiers de supports confidentiels. Mais gardant espace et temps. L’expérience n’est en rien reproductible à l’identique aujourd’hui et ce « marché » a, lui aussi, grandement changé, saturé qu’il est. N’empêche que le principe, l’idée en restent valables. Encore faudrait-il disposer des savoirs-faire et compétences pouvant permettre de subsister, en les vendant sans se vendre. Et sans doute renoncer à un certain « confort » sans pour autant tout brûler comme le font parfois ceux qui, après y avoir crû, prennent la tangente sans réfléchir explosant en burn out et dérapages incontrôlés.

Surtout mon interlocuteur du soir et d’autres m’apparaissent tirer les seuls traits rendant demain possible à ceux qui voudront survivre dans ces « temps difficiles ». Une rupture fondamentale est sur le point de s’opérer. Je ne parviens pas à en distinguer vraiment les traits. Mais la séparation entre un ordre ancien, ses nuisibles, les dégâts qu’il va encore (et peut être de plus en plus car il est en train d’imploser) occasionner et les alternatives, les replis dans les cartes de l’Empire, les possibles à explorer, se dessine de plus en plus comme une évidence. Comme beaucoup, il va me falloir choisir entre les rails confortables tracées encore pour des décennies d’un réel privé de reliefs et les petits pas de côté qui peu à peu pourront me placer dans ce qui sera à la fois l’autre possible et près des bases sur lesquelles se construira l’émergence d’une autre vie, celle qui bousculera et renversera le vieux monde. Avec patience. Cette autre vie appartiendra sans doute à d’autres. Mais à cela, on n’y peut rien.

Ceci n’était pas (supposé être) un billet politique. Pas dit que « changer sa vie » (même lentement et en tâtonnant) ne le soit pas :p

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