Rancoeur, dégoût, fureur

Posted on 9 janvier 2011

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Pour bouger, ça bouge. Un peu trop vite même. Une idée efface l’autre, un état remplace le précédent, une piste rend obsolète sa devancière, un « projet » succède à un « renoncement »… Et vice versa. Un grand portnawak cérébral. Qui s’est terminé par une drôle de sensation: celle du manque de temps, d’une certaine urgence, quelque chose comme « ne « les » laisse pas totalement gagner, (re)vis au lieu de décider te croire mort, trouve des putains de solutions, même minimes… »

Il est vrai qu’hier* j’ai pris cher. Ca tournait depuis quelques jours. C’est là depuis bien plus longtemps d’ailleurs mais l’étape n’avait pas encore été franchie. Les choses se sont empilées et le ressentiment, la rancoeur ont fini par dire franchement leurs noms. Depuis la reprise du boulot c’était pas ça (c’est pas ça depuis un bon moment il est vrai). Mais là les mots sont venus sur les maux.

Ce qui était possible quand c’était bandant, ce avec quoi je composais en me disant que ça le redeviendra (bandant, faut suivre :D), que le problème était une question de positionnement, d’énergie, de nécessité de rebondir, m’est apparu bien plus crûment. Marre d’un coup. Marre depuis toutes ces années de gâcher mes soirées dans un taf’ désormais sans intérêt, d’y perdre trois week-ends sur quatre, me privant d’autres parties de la vie. Et le fait de ne pas vivre comme le reste du troupeau ne suffit plus à compenser…

{Ca finirait de flinguer toute « motivation » de marner désormais dans une filière, rendue rentable à force de coupes, aux mains de banksters actionnaires qui n’attendent qu’une production de contenus au kilomètre, susceptibles d’appâter le chaland et de contribuer à l’intoxication idéologique généralisée. Peu importe (ou même sont-il souhaités ?) les dégâts à chaque bout de la chaîne, l’intelligence insultée du « consommateur » et l’annihilement du « producteur ». Ce n’est sans doute pas pour rien que la « maison » détient un beau record d’arrêts pour dépression. Mais ils s’en tapent bien (au pire, ont-ils dû intégrer, les coûts de ceux qui craquent seront supportés par la collectivité et n’entament pas les bénéfices). L’arnarchodultragauche qui est toujours là chez moi – ouf ! – ne pleurera décidément jamais sur ce qui pourrait leur arriver un jour. Ou l’autre.}

… J’ai failli me lever, partir. Mais seulement failli puisque j’ai… failli. De quoi se dégoûter soi-même. On reste pour quoi ? Par habitude, sûrement. Par lâcheté bien sûr. Parce qu’on s’est habitué au (finalement peu de) fric qui nous ait concédé ? Pourtant je me souviens vaguement avoir pu vivre avec beaucoup moins – avec plein d’énergie, de créativité, de « folie » et de « puissance » vraie, en plus -, mais je ne me souviens plus comment… Dés pipés. Même si on ne s’est pas laissé leurrer par les pouvoirs de pacotille concédés à certains de ces moutons caporalisés, carotte qui les fait avancer en rangs serrés, ni même par les glorioles éphémères dans lesquelles se complaisent en nombre les laquais du tout à l’ego. Même en ayant sauvé quelque originalité et refusé de marcher (là comme ailleurs) avec la meute. Même… On se trouve sur le même bateau. Comme un con. (Bien sûr : les temps ne sont plus aux guépards, ce siècle est devenu celui des chacals, murmure en substance le prince de Lampedusa dans le film de Visconti).

Furibard. Contre moi d’abord. Qui, à ne pas être dupe ne vaut pas bien mieux à rester encore comme un bon chien pour sa pitance. Et aussi comme sentant l’impérieuse nécessité qu’il y aurait à remonter couloirs, étages, strates de la société pour éradiquer tous les kapos nuisibles d’un ordre aux mains de vermines sans une once de grandeur. Beauté du geste bien inutile. Les pires, les commanditaires sont encore hors d’atteinte. Pour l’instant. Et ils disposent d’une armée de réserve de collabos, bien décérébrée par l’idéologie et son spectacle permanent,  prêts à enfiler fièrement les petits galons d’une aumône misérable dont ils tireraient pourtant fierté.

Bienvenue  dans les « temps difficiles » donc. Le sommeil n’a pas endormi cette fureur. Il l’a presque bonifiée. Il a posé des jalons, suggéré des solutions. « Dormir » n’est plus vraiment une réponse. L’isolement, le retrait, les herses érigées pour espérer un peu de tranquillité se trompaient peut être même de cible. A en avoir (presque) la nécessité d’esquisser un calendrier des intendances préalables. Puis bouger sauf à renoncer une bonne fois. Demain – à moins de l’accepter en mode « mort » cérébrale – sera aux combats. Et peut être bien là où on ne m’attend pas (plus :D).

* Vendredi en soir en réalité mais la deuxième couche n’a pas tardé
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Posted in: humeur, regards, Société