Retraites: la dissidence aujourd’hui, l’action directe demain… (2/2)

Posted on 4 mai 2010

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L’action directe dont j’ai précédemment parlé (si, si : c’est là, faut suivre :p) se dessinera dans les contours d’un futur incertain où l’illégalité aura été légitimée par le comportement de voyous des occupants du pouvoir d’aujourd’hui qui auront rompu le pacte social. Passées certaines barrières, il n’y a plus de limites. Pour s’en convaincre – c’est une digression mais pas tant que ça – il suffit de regarder aujourd’hui ce qu’imposent les pourris de la finance et traîtres des institutions européennes à la Grèce : ils ont d’ores et déjà légitimé tout recours éventuel à la violence politique dans ce pays pour faire plier la dictature mondialiste.

Mais pour en revenir aux retraites hexagonales (pas tant que ça d’ailleurs puisque la réforme-destruction portée par Sarko et son  laquais Woerth – ancien habitué des voyages en Suisse – est aussi dictée par les intérêts des puissances de l’argent internationales), les formes que la lutte pourrait être amenée à prendre vont bien au-delà de la magouille entre « partenaires » (on n’est pas partenaires, on est ennemis c’est le ba-ba) sociaux autour d’une table ou du simple défilé calibré pour ne servir à rien. Toucher à cet acquis, c’est tout simplement engager un processus qui légitimerait, par exemple, d’aller se payer sur la bête en s’octroyant une prime de départ conséquente par la force et la contrainte  sur le dos du patron et des actionnaires. Et tout moyen pour y arriver serait alors bon… Car, je le répète, même si la retraite on n’y pense pas, on verra bien, c’est encore loin… on est en la matière au-delà même d’un acquis mais au coeur du pacte social au nom duquel certains peuvent tenter de prétendre à la légitimité d’un pouvoir.

Avant d’en arriver là (ou en même temps ;-)) un autre élément s’avère frappant : ne pas souscrire au discours unique du parti régimaire et du patronat n’est plus aujourd’hui un acte d’opposition mais de dissidence au sens que l’on pouvait donner à ce mot sous les dictatures et régimes staliniens. Un seul discours semble avoir droit de cité. Mensonger qui plus est. Ainsi, chacun a pu le constater lors de la publication du rapport du conseil d’orientation des retraites dans lequel quelques doctes incompétents nous annonçaient le pire pour dans 40 ans alors qu’ils ne sont pas foutus de nous prévoir le temps économique de demain. Le journal officiel du sarkozysme et de la dictature libérale qu’est devenu Le Monde tentait alors d’angoisser les foules et de bloquer toute discussion titrant que « sans réforme, le déficit cumulé attendrait 2 600 milliards d’euros en 2050« . Honteuse propagande qui n’a rien de surprenant au regard du tour de table et de la situation du quotidien vespéral en train de transformer ses colonnes en graffitis de vespasiennes. Se basant sur un rapport tombant à point et sans recul, il servait là ce que l’Etat de droite et les pouvoirs financiers voulaient entendre sans prendre un minimum de recul et d’analyse.

La chose étant lancée et l’AFP l’ayant bien relayée comme il se doit, c’est ainsi qu’atterissait dans mon quotidien habituel un dossier d’une page décrivant par le menu une catastrophe qui nécessiterait des efforts de tous et de taxer un peu les riches et beaucoup les autres.  La messe des puissances de l’argent était dite : une seule (contre)vérité assénée comme incontournable et un seul remède que l’on présentait comme pouvant faire l’objet de menus aménagements en fonction des discussions. Point de place pour tout discours contraire et remise en cause globale. Ceux qui les portent devenant de fait les dissidents d’un régime à la vérité unique. Il est vrai qu’ils risquaient d’apporter quelques notions contrariantes, risquant de faire penser au bon peuple qu’une fois encore les possédants veulent s’essuyer les pieds sur son dos et s’enrichir sur son cul.

Le problème est que le discours et les solutions sont faux et mensongers et qu’il est hors de question de discuter avec la bande d’escrocs intellectuels qui les portent sur de telles bases. Sur leurs bases. Ce qu’acceptent pourtant un peu vite l’opposition sans solution autre et les représentants des salariés. Sans aller chercher bien loin ni pousser le raisonnement jusque là où il faudrait le porter, Mélenchon (qui dit aussi d’énormes conneries comme je l’ai déjà relevé sur ce blog) fait partie des rares à tenter de jouer une musique discordante et à tordre le coup aux idées présentées comme sans alternatives.

Il aborde ici les retraites, après la situation de la Grèce,  partir de 17’40

Ce rapport nul et non avenu (Plume de Presse lui règle ici son compte) n’a pas suffi et l’ordre établi a fait donner le ban et l’arrière ban des barbouzes de la manip pour tenter de clore toute discussion et de jouer les bonnes vieilles cartes du bouc-émissaire (un peu d’Express et une dose d’Expansion pour voir la méthode).

Seulement voilà la réalité est têtue et il n’y a urgence et question sur les retraites que dans la tête d’idéologues à la pensée crasseuse et de financiers pressés de faire absorber leur potion libérale empoisonnée. Une fois balayé le mensonge démographique, écartée la bêtise d’un rapport actifs-inactifs qui ne tient pas deux secondes si on lui ajoute la variable productivité quels arguments reste-t-il à ceux qui osent se qualifier de réformateurs dans une novlangue qui veut cacher qu’ils ne sont que les garants d’un immobilisme de l’exploitation et les réactionnaires à la solde d’un recul social ? Rien. Zéro. Peanuts.

Pire encore, on trouve des moyens de financement plus qu’il n’en faut. Il s’agit là bien sûr d’oser parler de taxer les revenus du capital ou de mettre fin aux allègements de charges et autres cadeaux fiscaux dont bénéficie indûment le patronat depuis des décennies sans être capable d’en faire un autre usage que celui d’engraisser quelques rentiers. Allez, on ne va pas tout lister ce serait indigeste et cruel pour ceux qui osent se répandre partout et annoncer doctement la catastrophe en se prétendant spécialistes.

Sans aller jusqu’en 2050 comme nos météorologues de l’impossible qui ont écrit leur rapport sous la dictée du Medef, le « trou » pour l’année 2010 serait – sans changer la situation des allégements etc…- de 30 milliards d’euros. Bigre direz vous. Oui mais, en se basant sur une étude approfondie du journal Fakir (certes, ce n’est pas la pensée lénifiante du Monde, du Figaro… et c’est du vrai travail qui est fait) on s’aperçoit que « 120 à 170 milliards d’euros par an sont pompés par les profits sur les salaires ». Aie !  On la sent passer la grosse escroquerie là. Un « hold-up tranquille », comme l’écrit le journal, qui fait froid dans le dos.

Alors, Woerth il est où le problème là ? Faut aussi t’expliquer ce qu’il y a à faire ? En tout cas que l’on ne vienne pas mettre sur la table un allongement de la durée des cotisations ou un départ retardé à 61, 63, 65 ou 70 ans. Il n’y même pas lieu d’en discuter : mets toi au boulot ou « casse toi pov’ con ! » Et je le redirai pas deux fois.

D’ailleurs, l’urgence décrétée par les occupants du pouvoir est plus que suspecte. Trop pour n’être que basée sur des considérations financières. C’est avant tout sur le terrain idéologique que tentent d’avancer le patronat et ses sbires du Nazional Sarkozysme. En effet, la logique serait non pas de retarder mais d’avancer l’âge de départ, comme elle l’est de diminuer le temps de travail. Cela veut bien sûr dire moins d’exploitation… pour produire en aussi grand nombre les richesses nécessaires. Pour toute cette clique c’est bien là le coup de grâce idéologique.

Face à la pensée unique se dresse désormais une autre conception de la vie et une remise en cause de l’intox construite autour du travail comme valeur. Et le retraité heureux est la parfaite démonstration que le système libéral ne tient pas, ne marche pas et est l’adversaire, l’ennemi mortel de l’épanouissement humain.

Dans l’embrouille actuelle sur les retraites, il y a une tentative désespérée de voit perdurer un système. En face, on va devoir être prêts à se battre comme des chiens, défendre notre os comme des morts de faim et aller chercher avec les dents le droit à vivre autrement. Le combat prendra des formes multiples, il faudra apprendre à saboter la machine de l’intérieur, à glisser dans les rouages les cailloux pour la briser, à contrer chaque idée et occuper le moindre interstice de liberté d’expression…

{Note à moi : comme ce billet était prévu en deux parties sur les retraites… il y en aura donc une (fausse) troisième sur l’arnaque idéologique du travail battue en brèche par la réalité}.

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