Mesures aquoibonistes

Posted on 29 avril 2010

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Quand il y a plus de 20 ans avec quelques potes on envisageait un avenir qui se profilait sous un jour sombre, on se trompait largement: nous étions bien en-deçà de ce que la réalité nous a proposé. On situait un hypothétique point de rupture bien en amont. Et finalement c’est passé et nous marchons droit vers le pire sans que le moindre soubresaut ne soit en vue. Comme à tout, nous nous ferons à ce pire.

Ce n’est qu’un détail parmi tant d’autres. Hier sur twitter @marcvasseur se gaussant d’une possible candidature de Benoît Hamon aux primaires à gauche, je relevais qu’on pouvait bien faire toute la liste, de DSK à Aubry en passant par Royal et autre Hollande…, il n’y en avait pas un qui donnât plus envie que les autres et qui laisserait à penser qu’autre chose est possible. En tout cas pas ici et maintenant 😉 et d’une façon générale. Les alternatives susceptibles de s’attirer quelques faveurs proposent à peine une politique du mercurochrome pour jambe de bois.

Face à tous les reculs que s’est-il passé ? Bein justement: rien. On n’a rien vu se lever capable de proposer une voie originale et un renversement des tendances. Au contraire, les porteurs du pire ont été régulièrement choisis et tout le monde semble se ranger à l’avis que faire autrement n’est pas possible. Désinformation accuseront certains. Je veux bien relever le discours et la pensée unique mais rien n’interdit non plus à chacun de faire preuve de curiosité et/ou de s’arracher des petites étagères où on les a rangés.

Depuis quelque temps, entre deux manips du pouvoir sur le sujet, on voit aussi poindre une  future organisation dans laquelle finalement tout le monde semble trouver son compte : un mélange de communautarisme et de ghettoisation avec un Yalta de la peur dans lequel les uns craignent un déclassement et les autres sont tout content de figer influences et traditions.

Comme un rappel du monde qui se dessine, je suis tombé dans l’après-midi sur un article parlant d’un village pour retraités à Ruoms (Ardèche) « sécurisé » où vont trouver refuge les blancs des classes moyennes qui veulent couler des jours tranquilles. Un truc qui existait déjà aux USA il y a 10 ans et vers lequel on va joyeusement : des petites catégories à l’abri de leurs miradors de toutes natures puisqu’il semble dessiné que rien n’est vraiment possible. Quand je dis il semble, je veux dire que cela est démontré par tous, y compris l’opposition politique ou les porte-paroles communautaires. Et je range aussi dans ces catégories que je viens d’évoquer ceux qui veulent fermer leurs ghettos pour y vivre en-dehors de ce qui fut la manière commune.

Alors à quoi bon finalement ? Entre bonnets blancs et blancs bonnets le mieux n’est-il pas d’abord de penser à son cul et à lui assurer la meilleure situation possible. En gros, trouver le bon équilibre entre les compromissions à accepter pour mener une vie la plus confortable possible et protégée au mieux au sein d’une vague communauté en train de se constituer de petits blancs pas trop désavantagés et qui vont devoir se trouver les lieux géographiques où ils seront à l’abri des autres castes et espèreront échapper au « faux-pas » synonyme de dégringolade à vitesse accélérée ? Au passage ce phénomène est déjà bien avancé avec l’exclusion de certains quartiers voire villes de ceux qui n’ont plus les moyens. N’est-ce pas là une manière élégante de justifier par l’argent ce qui se dessine comme un futur des apartheids ? Apartheids voulus ou en tout cas générés par presque tout le monde.

Il y aurait même la vision positive de ce raisonnement. Puisque rien n’est possible vraiment, tout l’est un peu. Y compris trouver (et se donner) la liberté de voies parallèles assurant une saine tranquillité à l’écart du brouhaha du temps présent. En sacrifiant un peu de revenu et de confort matériel, cela reste sans doute jouable. A condition d’oser le pari.

Mais penser qu’un changement est possible ? Il est sans doute beaucoup trop tard. J’y pensais en revoyant ces images de Joe Strummer comme un écho d’un temps où il restait encore envisageable de bifurquer. Je suis prêts à parier que tels des chiottes on ne laissera non seulement pas le monde dans l’état où on aurait souhaité le trouver en entrant mais dans une situation bien pire. Et le dernier domaine qui ne soit pas en régression pourrait bien être la connerie.

Donc, j’y reviens, le mieux me semble finalement de penser à sa tronche, aux moyens de s’acheter une tranquillité et au meilleur parti que l’on peut tirer dans la situation telle qu’elle est donnée. L’heure n’est-elle pas au repli pour tenter de profiter au mieux des interstices dans lesquels il est encore possible de se glisser et des plaisirs qu’en privilégiés on peut arracher ? Après tout chacun sa merde…

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Posted in: humeur