Burqa and co : ne nous voilons pas la face

Posted on 24 avril 2010

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J’ai longtemps attendu pour aborder le sujet. Oui, je suis favorable à l’interdiction du voile. Je pense même que l’on pourrait (devrait) aller plus loin visà-à-vis des offensives religieuses.

Le problème avec les occupants du pouvoir sarkozystes c’est que toutes leurs initiatives relèvent de l’attrape-tout populiste (avec appel du pied à l’extrême-droite si possible) et de la manoeuvre politique. Difficile de leur donner raison donc même quand ils défendent une position et une ligne qui pourraient reposer sur une argumentation partagée. Mais, puisque quelques uns tentent de bloquer tout raisonnement en jetant les anathèmes de dérives droitières et racistes, je n’aurai aucune gêne à dévoiler un côté « de droite » sur le projet d’interdiction du voile intégral.

Stratégie politicienne disais-je. Sans nul doute, et puisque les gauches n’ont jamais su faire preuve de clarté sur la question, l’UMP va utiliser le sujet pour agiter le chiffon rouge propre à favoriser les divisions et atermoiements. Une fois encore le PS semble ainsi bien parti pour être « ni pour, ni contre, bien au contraire… ». Tandis, comme je viens de l’évoquer, qu’une fraction de bien-pensants d’une gauche bobo, qui donne des leçons de morale au nom d’un peuple qui n’est pour elle que fiction, se targue d’instruire le procès en racisme de toute pensée qui va à l’encontre de son étonnant rapprochement avec l’intégrisme. A ceux-là, je me contenterai de demander leur pedigree et de savoir de quoi ils peuvent se targuer. Cela devrait clore assez vite le débat et leur légitimité à parler.

Le débat du moment aurait été plus sain et clair s’il ne tombait pas dans un contexte où l’on a ressorti « l’identité » nationale » pour fonds de commerce et où l’expulsion est devenue une activité industrielle. Mais il est bel et bien là. Et pas seulement en France (clic: attention quand même, c’est le Figaro hein ;-)). Sur cette question, le nain élyséen fait d’ailleurs pour une fois preuve d’une certaine suite dans les idées comme le démontre cet échange datant de 1989 sur la question du voile à l’école avec Julien Dray et Harlem Désir, qui paraissent bien pédaler dans la semoule (à regarder sur Ina.fr).

Pour ma part, ma ligne reste claire. Le voile n’a pas sa place dans notre société et notre mode de vie n’est pas négociable. Autrement dit, que chacun sacrifie en privé à ses superstitions, passe encore. Les voir débarquer dans les rues: c’est non. D’ailleurs pour donner plus de lisibilité au projet celui-ci aurait dû clairement énoncer l’interdiction de tout signe religieux en public. Quitte à en exclure du champ d’application ceux qui portent l’habit par profession. Pour faire court, si la France a des racines chrétiennes que certains ne cessent de rappeler, c’est pourtant contre la religion complice de l’Ancien Régime (avant de l’être des classes dominantes inlassablement mettant à leur service la notion de charité pour mieux les faire perdurer) que s’est construite sa modernité et son début de républicanisme. On n’a pas chassé les cathos par la porte pour voir revenir les musulmans (et se glissant avec eux, curetons, rabbins et autres…) par la fenêtre.

Avec un peu de curiosité on peut d’ailleurs relever comment certains intégristes cathos d’extrême droite qui pourfendent à longueur de temps une soi-disant invasion maghrébine ou africaine se révèlent d’un seul coup très compréhensifs sur la question de la burqa (niqab et autres voiles). Au final tous peuvent être mis dans un même sac, il faut être assez borné pour ne pas s’en trouvé convaincu.

On me ressortira aussi l’argument d’une pratique très minoritaire. Elle l’est sans doute. Mais je ne peux croire que toutes celles portant cet accoutrement se sont donnés rendez-vous dans mon quartier 😀 Quoiqu’il en soit, il semble impossible de donner champ libre au nom de la revendication à une liberté à ce qui est un signe derrière lequel se cachent les pires volontés de censure (exemple de South Park ici). Voilà un exemple de ce que j’ai appelé plus haut notre « mode de vie non négociable » : caricature et humour.

Et ne nous trompons pas de cible : le temps n’est pas si lointain ou d’autres sectes s’en prenaient à une affiche de Godard, à un film de Scorcese, à un dessin d’Hara Kiri… Avions-nous alors eu autant de pudeur pour les condamner ? Le combat reste le même…

Certains vont sans doute aussi tenter de contourner l’argument du signe religieux en arguant que le voile relèverait d’une coutume vestimentaire qu’il conviendrait de respecter. Ils comprendront aisément que le vêtement relève d’un moment et d’une société. La nôtre doit changer. Mais dans le bon sens. Tout retour en arrière et appel à l’obscurantisme doit être écarté. Y vivre suppose l’acceptation de ce qu’elle est devenue. D’ailleurs, en guise d’aparté, je m’imagine mal visiter l’Etat du Vatican en string ou la Mecque en costume à paillettes. Ce serait tout simplement inconvenant par rapport aux gens qui y sont.

Mais plus sérieusement, le port de certaines tenues est réglementé. Que diraient les défenseurs de la « liberté » de porter un voile si parader nu dans les rues était autorisé ? A priori, le naturisme ne se pratique que dans des endroits prévus à cet effet. Si l’on ouvre la porte aux uns, je ne vois aucune raison de brimer les autres…

A mon sens le débat est entendu. Il ne devrait pas perdurer alors que des questions bien plus importantes sont en suspens. Sans compter que le port du voile intégral dans l’espace public nourrit pour le coup le vote frontiste (où on se frotte sans doute les mains de voir monter les discours islamistes) et une vraie dérive droitière avec un amalgame délinquance-islam-immigration qui est très bien utilisé. Une fois balayée cette hypothèque relevant de la volonté de s’incruster du religieux dans un endroit où il n’a (je le répète) aucune place, il sera temps d’en revenir aux vrais sujets sérieux.

J’y classerai l’existence de ce qui se révèle de vrais ghettos (lire ici) avec l’exemple assez frappant dans cet article sur Tremblay, autour d’une intervention policière,  d’une sorte de frontière intérieure entre une zone pavillonnaire pas forcément très favorisée et des barres d’immeubles dont les habitants sont « rejetés » dans un espace confiné.

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