Témoignage d’un des soldats présents lors de la bavure américaine en Irak révélée par WikiLeaks

Posted on 22 avril 2010

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Le 5 avril, le site Wikileaks, spécialisé dans la révélation de document classifiés, avait mis en ligne une vidéo montrant les dessous d’une attaque héliportée américaine à Bagdad le 12 juillet 2007 qui avait fait plusieurs victimes civiles dont deux membres de l’agence Reuters… et durant laquelle deux enfants avaient été gravement blessés. Après ces images baptisées « Collateral Murder », le site Wired livre un témoignage d’importance : celui de l’un des soldats américains intervenus au sol après les frappes aériennes; et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de celui qu’on voit dans la vidéo porter l’un des enfants, la petite fille, dans ses bras pour que le médecin de son unité puisse lui apporter les premiers soins.

Titré « U.S. Soldier on 2007 Apache Attack: What I Saw », l’entretien avec cet homme de 33 ans vivant au Kansas et père de famille a été mis en ligne dans la nuit de mardi à mercredi (clic pour le lire). C’est un militaire de carrière qui raconte ce qu’il a vécu. Et l’émotion qui lui est revenue lorsqu’il a revu les images dont celles où il porte la fillette de 5 ans prénommée Doaha quand le sujet a été diffusé à la télévision. Il la sortait alors couverte de sang de la camionnette détruite en seconde partie d’intervention par l’hélico.

Depuis Ethan McCord a quitté l’armée à l’issue de sept années de service et ayant été blessé. Peu après la diffusion de la vidéo, en compagnie d’un autre ex-soldat de la campagne irakienne, il a posté un message d’excuses auprès des enfants blessés qui ont perdu leur père dans cette attaque « en espérant qu’ils puissent le voir ».

Il revient sur les faits de cette journée expliquant qu’avec son commando il était engagé dans des combats à quelques pâtés de maisons du lieu. Alertés, ils sont alors arrivés très vite. Il considère qu’il s’agissait effectivement d’une zone de combats et que les tirs de l’hélicoptère contre le petit groupe qui se déplaçait avec les deux journalistes de Reuters et que l’on voit dans la première partie de la vidéo se sont déroulés en respectant les règles d’engagement du feu. Il affirme même que pour un oeil exercé on peut identifier le porteur d’un AK-47 parmi ceux qui le composaient. Il est beaucoup plus nuancé sur les frappes contre la camionnette qui s’est arrêtée pour porter secours aux blessés (où se trouvaient donc les enfants et leur père). Il rappelle ainsi que la population avait été avertie qu’elle ne devait pas aider les combattants mais il se demande quelle est la réaction normale et naturelle lorsque l’on voit des blessés en train de réclamer de l’aide ?

Il explique aussi avoir été à la fois assez durement remis en place quant à son malaise après avoir vu ces enfants blessés, et les dégâts causés par les calibres de 30mm utilisés, et avoir entendu de sa hiérarchie des propos se voulant rassurant sur leur santé. Il revient aussi sur certains propos choquants proférés par les militaires américains qui venaient de semer le feu et la mort depuis leur hélicoptère. Pour lui, il s’agit d’une réaction destinée à soulager la tension que provoque ce genre de situations car « on ne peut pas tuer des gens et reprendre son business comme si de rien n’était… ».

Au final, il se pose surtout la question de la légitimité et de l’efficacité de la présence américaine en Irak qu’il n’hésite pas à remettre en cause. Plus que les circonstances particulières du drame, il pointe cette situation dramatique comme symptomatique de l’erreur faite par son pays de mener cette guerre. Reprenant les propos que l’on entend sur la bande d’un militaire disant « on n’amène pas des enfants sur un théâtre d’opérations », il relève que le problème serait plutôt que « nous avons amené le théâtre des opérations chez eux, nous les y avons impliqués… »

L’interview est vraiment intéressante et se comprend assez facilement (si besoin avec l’aide de Google translate…) : clic, clic, clic donc.

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