Hadopi : la guerre est ouverte et on risque de bien se marrer

Posted on 22 avril 2010

3


On n’est plus dans l’anecdotique depuis longtemps. La loi Hadopi aura sûrement marqué un tournant dont on ne peut encore apprécier toute la portée et les conséquences. Il s’agit d’une rupture ferme et définitive, une sorte de bataille dont les apparents vainqueurs, car parvenus à faire adopter leur texte, ont perdu toute possibilité d’existence. Elle a marqué une rupture générationnelle sans doute. Mais pas seulement. C’est aussi la fin d’un pouvoir. Pas seulement de ceux qui l’occupent actuellement mais sans doute aussi de ses oppositions installées (qui ne se sont pas encore à ma connaissance engagées en cas de retour aux affaires à abroger ce texte et l’ensemble des autres torchons liberticides umpistes). Ce système, cette organisation ont bel et bien sombré, et toute prétendue légitimité avec, dans une loi cousue pour obéir aux lobbys et démontrant de façon éclatante une impossibilité à approcher le monde autrement que suivant des schémas périmés. L’hadopiste n’est pas con ou dépassé: il est mort, un mort qui s’ignore mais un mort quand même.

Au-delà de cette rupture fondamentale qui en fait une sorte de temps zéro, Hadopi est condamnée d’entrée. Comment imposer un texte, un organisme chargé de le faire respecter et tout le cirque mis en branle alors que toute légitimité lui est déniée. Il va donc y avoir des semblants d’agitation, du bruit, quelques appels du pied aux médias copains pour faire de la publicité autour de quelques cas, mais on est face à une non-existence.

Explication. Les hadopistes ont souvent cité l’exemple du code de la route. Gardons-le. Ce code dit : on ne passe pas au feu rouge. Parfois je n’ai pas envie de m’y arrêter. Il se peut que j’en grille un. Si je suis pris je ferai peut être preuve de mauvaise foi en protestant que je suis de bonne (foi) lorsque que je dirai : je l’ai pas vu, il était au vert, j’ai une urgence absolue… Bref, je vais peut être tenter de biaiser. Mais en soi je reconnais la nécessité de réguler la circulation et je ne remets pas en cause l’obligation de s’arrêter au feu. Hadopi n’est pas reconnu comme tel. Tout sera tenté pour frauder, et la fraude, son non-respect seront la norme.

Bref, il n’y a aucun consentement minimum à la considérer comme ayant une raison d’être autre que les intérêts des copains et des coquins. Ce n’est donc pas une règle de droit. On pourrait presque remballer là-dessus tant tout est dit. Juste ajouter que les solutions de contournement se multiplient, se simplifient, avec des offres payantes, attrayantes pour ceux comme moi pas très férus de technos, et qui ressemblent à une licence globale mais sans aucune retombée cette fois. Et qu’au-delà même du fait de télécharger et de tout débat sur la rémunération de la création, on en est arrivé en passant par la Loppsi à une question de principe pure et simple. Un majeur dressé à la face de cette vieille machine vermoulue que ceux qui ont opté pour la rupture déjà évoquée vont pousser à une agonie précipitée.

Mais comme tout aura été de travers pour la camarilla sarkozyste dans cette histoire autant ne pas louper l’occasion de se marrer. Et les news allant dans ce sens ne manquent pas. Commençons par le regrettable Michel Thiollière que personne ne regrettera. Le sénateur de la Loire nommé au sein de la Haute autorité et qui fut rapporteur de la loi l’instituant plie et s’en va la queue entre les jambes comme lorsqu’il fut chassé piteusement de sa mairie. Ciao, rigolo.

Autre gag, qui est aussi une sacrée escroquerie et rend d’autant plus méprisable la tentative, le tour de passe-passe tenté par la bande de margoulins aux manettes. Un petit espace juridique et les voilà envisageant d’envoyer les premiers mails d’avertissement avant d’avoir validé un système de sécurisation supposé permettre de s’absoudre en cas de contestation sur l’utilisation de son IP. Juridiquement je leur prédis de belles batailles avec quelques mauvais coucheurs un brin sourcilleux. On doit appeler ça rajouter du fiasco au fiasco. Pour pousser la plaisanterie jusqu’au bout les pauvres ont l’air de peiner à trouver un système de sécurisation à labelliser même en étant prêts à se livrer pieds et poings liés à Windows sans passer par les cases Apple ou Linux. Le (pseudo) socialisme étatique au service des intérêts libéraux en résumé, avec peu de chances pour leurs positions niant l’interopérabilité de survivre devant quelque juridiction digne de ce nom (donc pas soumise à l’infrastructure d’intérêts qui guident, au moins en partie, les nôtres).

Vous en voulez encore ? Ben, comme le titre le Nouvel Observateur d’Olivennes (auteur du rapport à l’origine de la loi) : « La résistance s’organise contre la loi Hadopi »

Un petit soft est apparu et semble se répandre comme une trainée de poudre. Son nom : Seedfuck. Joli non ? Activité : balancer sur les réseaux p2p et Bittorrent plus particulièrement, des fausses adresses IP, générées aléatoirement,  qui vont induire en erreur les espions hadopistes… et faire accuser de pauvres innocents. Un beau merdier en perspective qui suscite un débat juridique entre ceux qui estiment que l’ont pourra accuser ses utilisateurs d’usurpation d’identité (numérique) et ceux qui balaient l’argument sur la base d’arguments de droit tout aussi crédibles.

Après le passage à la postérité des élus félons qui traînent leurs casseroles et les verront ressortir à chaque occasion ou des voyages de la « Mitte » vers des « boxeurs de 40 ans », d’autres formes de représailles sont sans nul doute prêtes. On peut interpréter ainsi ce qui est arrivé au site de Thalassa sur France 3 qui a été hacké il y a quelques jours. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un ministère ou autre organe officiel ? Plus facile à pirater ? Pour toucher des internautes peu au fait de cette question… ? Mystère. Mais démonstration que les systèmes sont tous vulnérables et que les pouvoirs et les marchands peuvent craindre le pire. Jusqu’au sabotage de leur activité ?

Dernières nouvelles du front : la société chargée de la collecte des informations sur les téléchargeurs est entrée en activité. Et Trident Media Guard derrière laquelle apparaissent au rang des actionnaires Thierry Lhermitte et Christian Clavier (boycotter leurs oeuvres ne devrait guère nous priver et si vraiment vous ne pouvez faire sans, il va de soi qu’une version via streaming, VPN ou derrière un proxy vous aidera à mieux digérer) s’est fait repérer dès cette phase de test. On trouve d’ores et déjà la liste des « oeuvres » qui seront surveillées pour le bénéfice des majors. Avec une mise à jour régulière le tour sera joué et facile d’éviter les titres pistés. Surtout si on prend soin de la diffuser le plus largement possible (mais si, en cherchant toi aussi tu dois bien avoir un cousin capable d’écouter une de ces daubes) :p

Une nouvelle ombre pour la bande des Sarko-sbires vient de Belgique ou plutôt de la demande d’avis sur la légalité d’un texte formulé par la justice d’outre-Quiévrain auprès de la cour européenne au sujet du filtrage et du blocage (lire ici sur PCInpact). Encore une fessée en perspective pour ceux qui sont capables d’adopter une taxe (au titre de la copie privée) iPad sans « étude d’usage » et avant même d’en avoir vu un fonctionner.

{MàJ (22/04 à 15h30) : Ca s’agite encore. L’Hadopi vient de saisir la CNIL pour obtenir l’autorisation de collecter les adresses IP sur les serveurs P2P (lire Numerama ici).

Par ailleurs l’Hadopi recrute et a passé un appel d’offres (interne à l’administration) pour 13 postes à pourvoir. Un des recrutés sera chargé de la veille internet et de faire la com’ du bidule en luttant contre « la désinformation »  – celle que de vilains blogueurs ne manqueront pas de faire suivant les critères de ces nabots en informant sur leurs activités liberticides et les parades à leur mascarade (je rime riche ce « matin »). (A lire sur PCInpact).

Enfin, on trouve des synthèses des solutions permettant de rire au nez du dispositif comme celle-ci }

Publicités
Posted in: humeur, Politique, Web