Face à la connerie portée en drapeau, vite Aux Armes et caetera

Posted on 22 avril 2010

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Voilà qui ne date pas d’hier. De 1980 exactement pour un album et un titre datés de l’année précédente. J’étais gamin et je découvrais ce Gainsbourg version reggae et la connerie d’une France rancie dont on (et je) pouvait espérer bientôt être débarrassés tant sur le plan politique que de la morale archaïque,  des idées réacs et de la culture à l’odeur de naphtaline. Que nenni. Les descendants de ceux que Gainsbarre, à qui on demandait si sa réinterprétation de la Marseillaise ne risquait pas de faire grincer les dents, moquait en rétorquant que c’était plutôt leurs dentiers qui allaient grincer, émargent encore dans le putrescible Sarkoland 2010.

L’histoire : une affaire de concours photo et un prix pour une image représentant un homme faisant mine de se torcher avec le tricolore emblème. De l’art ou du cochon ? J’en sais rien mais un droit à l’expression intouchable. Et pourtant. Voilà qu’on a voulu nous ressortir la notion d’outrage applicable au drapeau comme à l’hymne national que veulent s’approprier une droite que l’on ne distingue pas vraiment de son extrême. Manque de bol, ça se passe à Nice et le procureur du coin, Eric de Montgolfier avant de se lancer dans une poursuite s’est penché sur les prescriptions du Conseil constitutionnel en ce domaine avant de classer l’affaire (terrible affaire) sans suite au motif que sont exclus du champ de la loi les oeuvres de l’esprit.

Sage considération pourrait-on penser qui garantit un peu la liberté de création et d’expression. Mais ce n’est pas de l’avis de la Garde des Sceaux, l’inimitable MAM, déjà au coeur de la manipulation visant à un emballement judiciaire dans l’affaire de « l’arnaque de Tarnac » et des anarchotonomesdultragôches dont Julien Coupat et qui flirte allègrement avec les extrémistes du MIL. Appliquant la règle sarkozyste voulant que l’on fasse une loi (si possible avec tapage médiatique) pour chaque fait, la voilà donc proposant un décret pour châtier ceux qui osent sortir des clous définis par le parti régimaire (lire et écouter ici).

Pitoyable approche du monde que celle de cette bande occupant le pouvoir. Et peut être bien un moyen pour créer un buzz de plus pour étouffer la réalité de ses échecs ? Car la bêtise abyssale de quelques réactions d’un autre temps et de politicards locaux issus d’une ville dont le nom suffit à les décrédibiliser, n’aurait sans doute pas mérité autre chose que d’être balayés avec le mépris qui sied à cette engeance. Nous revoilà donc renvoyés aux photos jaunies d’un monde d’hier avec lequel on aurait pu croire (espérer) avoir rompu. Celui d’un ordre qui osa même se dire nouveau et s’accroche tel un roquet à nos basques avec la prétention d’envahir un espace qui n’est en rien le sien. Comme un relent de vieux monde qui pourrait au passage faire d’une simple image pour concours local une oeuvre d’art symbolique de la rupture nécessaire avec cette France qui ne vaut pas mieux qu’un rouleau de PQ.

Une rupture plus profonde et fondamentale qu’un simple changement de couleur politique. Celle à laquelle je m’éveillais en 80 et qui mérite encore et toujours de monter au combat, poing rageur et baïonnette levés sur fond de sonos saturées, en appelant à nouveau : Aux armes et caetera.

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Posted in: humeur, Politique