Une « sex scene » automobile vue par Orson Welles

Posted on 18 avril 2010

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Orson Welles – The Other Side of the Wind – (1972, film inachevé)

Quand Welles filme une scène de sexe en voiture, ça ne ressemble pas au tout venant du cinéma. Je viens de découvrir celle-ci via le blog érotique de Michel Debray : Poilnet (par ici). Malgré la qualité de l’image on retrouve tout l’art, notamment du montage, de mi(y)ster(ère) Orson.

Le film lui-même, qu’on ne verra sans doute jamais en-dehors des deux extraits diffusés par Welles, est une pure bizarrerie wellesienne. Daté de 1972 dans les filmos, le tournage se serait en réalité étalé de 1970 à 1976  avant que le projet ne tombe à l’eau, comme quelques autres du cinéaste américain, la pelloche s’embourbant dans de sombres histoires de droits. C’est plus pour cette raison que pour son montage inachevé que le film risque avant tout de rester inédit…

Wikipédia en donne le synopsis :

“Un vieux réalisateur, J.J. Hannaford, mélange de John Ford et d’Ernest Hemingway fait son come-back à Hollywood après plusieurs années d’exil en Europe. Il est en train de finir un nouveau film par lequel il veut mettre au défi, sur le terrain, « toute la palette du jeune cinéma américain, depuis les cinéphiles mélancoliques jusqu’à Andy Warhol ». Une fête est organisée en son honneur dans son ranch par tout le gratin hollywoodien à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire. Cette soirée se terminera par la mort du réalisateur au volant de sa voiture de sport, sans que l’on sache s’il s’agit d’un accident ou d’un suicide.”

D’après des propos de Welles (dans l‘article consacré au film sur Rayon du Polar), il s’agirait en fait de « deux films qui se développent parallèlement et parfois simultanément. Le premier est enregistré au cours des dernières heures de la vie de J Hannaford » (un réalisateur qui avait fait carrière loin de la Californie). Ce film est tourné au cours d’une fête, donnée en son honneur, à laquelle participe la nouvelle génération de cinéastes. Le second film est celui auquel travaille le réalisateur et qu’il projette à ses invités. Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme et d’une jeune femme qui se retrouvent, au terme d’un périple, au milieu des ruines d’un studio de cinéma où tout n’est qu’illusions. Le documentaire et la fiction se mêleraient autour de ce mot : illusion.
« Cet homme (J Hannaford ) avait plusieurs masques. Lors de cette fête donnée en l’honneur de son anniversaire, les journalistes tentèrent de lui arracher son masque. Y parvinrent-ils ? Peut-être le vrai mystère ne concerne-t-il pas la nature de sa mort, mais sa propre nature d’homme, la vérité définitive sur cet homme en tant qu’artiste, en tant que fabricant de masques. »

Voici aussi ce qu’en dit Welles à son ami le réalisateur Peter Bogdanovitch (source Wikipédia encore):

« Je n’arrivais pas à dormir et, tout d’un coup, j’ai pensé : “j’ai une histoire sur un vieux metteur en scéne, ça fait des années que j’y travaille. Et je suis fou de ne pas la faire tout de suite, avant quoi que ce soit d’autre.” Parce que ce que tu m’as raconté a dû toucher un point sensible. Mon personnage, Jake Hannaford, est un macho, un de ces hommes au torse velu. Plusieurs voix raconteront l’histoire. On entendra des conversations enregistrées, sous forme d’interviews, on verra des scènes très diverses qui se déroulent simultanément… Il y aura des gens qui écrivent un livre sur lui, plusieurs livres. Des documentaires… Des photos, des films, des bandes sonores. Plein de témoignages… Le film sera un assemblage de tout ce matériau brut. Pense au montage, quel défi, et comme ce sera amusant (…) J’y ai travaillé si longtemps… des années. Si j’étais un romancier du XIX siècle, j’aurais écrit un roman en trois volumes. Je sais tout ce qu’il est arrivé à cet homme. Et à sa famille, d’où il vient, tout. Beaucoup plus que je ne pourrai jamais en mettre dans un film. Sa famille, qui rivalisait avec les Kennedy et les Kelly pour sortir du ghetto doré irlandais. J’aime cet homme et je le hais tout à la fois.»

De quoi regretter de ne pas voir l’intégralité du film comme d’autres juste ébauchés ou restés inachevés, dont certains ont pu être “reconstruits” après sa mort.

Rayon du Polar décrit ainsi cette scène “de la voiture”, exhumé sur le web et qui a pu survivre aux aléas du reste des bobines de ce The Other Side of the Wind :

“Le second extrait est tourné dans le jardin de la maison d’Orvilliers de Welles. Il y avait en tout cinq personnes pour ce tournage (Welles tenait la caméra, les autres s’occupaient des lumières et de la pluie obtenue grâce à deux tuyaux d’arrosage). La scène se déroule à l’avant d’une voiture. Une jeune fille est assise entre deux garçons. A l’extérieur il pleut et, par intermittence, l’habitacle est éclairé par les phares des voitures qui roulent en sens inverse. La fille défait la fermeture éclair de son blouson. Dessous elle est nue. La caméra cadre le bas de son ventre et celui de l’un des garçons. Des plans rapides sur le visage du garçon, du garçon et du ventre de la fille, du visage du conducteur, du profil de la fille puis de la fille qui regarde le garçon, se succèdent, baignés chacun dans des lueurs de couleurs différentes. Gros plan sur la main de la fille qui défait un bouton du pantalon du garçon… et les plans se succèdent de moins en moins précis de plus en plus saturé de lumières changeantes… La fille s’assoit sur le garçon… La scène est d’un érotisme hallucinant, suant, palpable et pervers. Nous sommes au cœur de l’action ce n’est pas la caméra qui fixe des images fugaces mais nos yeux qui tentent de deviner ce qu’ils entrevoient… Et subitement la caméra nous expédie à la place celle du chauffeur, qui les yeux fixés sur la route tente, comme nous, de deviner ce qu’il entrevoit.”

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Posted in: Ciné