En suivant la chanson : « This Land is Your Land »

Posted on 28 mars 2010

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Parfois je m’adonne à des plans de monomaniaques. Prendre une chanson et en décliner à la suite un maximum de versions, au travers des covers qui en ont été faites, est une de ces marottes. Donc là, vous allez y avoir droit.

Le titre dont il va s’agir le vaut bien. Il est à lui seul un vrai GPS pour une visite dans l’histoire récente des USA. Pas la visite guidée bien sous tous rapports de la « plus grande démocratie du monde » et de sa puissance économique à la fois vacillante et aux relents douteux comme celle de ses semblables. Ce serait même plutôt l’inverse. Rien de mieux que ces quelques couplets pour évoquer en pleins et en creux le destin des cols bleus, les luttes des unions, les errances des hobos, la misère des bidonvilles… jusqu’aux corps détruits et brûlés par la fièvre d’une « mauvaise » vie. Mais elle est aussi la fierté de l’ouvrier, le courage du paysan, la colère du blousé et le combat du brave mec qui dresse le poing pour lui et ses copains afin de récupérer son droit à un rêve américain dont il fera de ses enfants les héritiers.

« This land is Your Land » est plus qu’une chanson folklorique extraite de l’Amérique profonde mais un chant de ralliement, une sorte d’hymne bis, celui de l’Amérique des travailleurs et des laissés pour compte. Petit avertissement quand même avant d’aller plus loin : son écoute, même pour quelqu’un ne comprenant guère plus qu’un anglais de cuisine, peut piquer et provoquer des yeux rougis. Cet effet concerne essentiellement une partie de la population, l’amateur de Bruni, Delerm et autres Barbelivien est logiquement immunisé. Plus étonnant par contre, parmi les fans de Johnny (voire de Sardou etc.) certains peuvent être frappés à l’improviste et sous des formes très sévères parfois 😉 Le fait d’avoir les pieds enfoncés dans la terre jusqu’aux mines de ses grand-parents, d’avoir dans le sang un peu de l’acier en fusion des générations d’avant, d’avoir encore les mains assez grosses pour le travail aux champs et de savoir d’expérience comment cela se passe à pôle emploi lorsqu’on y attend, peuvent constituer des facteurs aggravants.

Pas de respect pour sa chronologie. Perso, c’est par la reprise qu’en fait Bruce Springsteen que j’ai connu ce « This Land is Your Land ». Elle est dans le quintuple (version vinyle, sinon en CD c’est un triple mais bon… :p) coffret « Live 1975-1985 » sorti en 86. Et je crois que c’est lors de la tournée précédant cette somme que le Boss pris l’habitude de la jouer régulièrement sur scène. Une remise des pendules à l’heure pour ceux qui voulaient faire de son Born in The USA un chant à la gloire de l’Amérique. Petit doute quand même sur le fait qu’il l’ait interprétée lors de son passage au stade Geoffroy-Guichard en juin 85. Elle ne figure pas en tout cas dans les bribes que ma mémoire garde encore aujourd’hui de cette soirée-là et qui pourrait à elle seule mériter un post 😀 Juste pour faire beau j’ai remis ici le ticket de ce concert, retrouvé je ne sais où par mon frangin – dont c’était le premier live (il est mon cadet) – mais qui n’a pas l’air d’être le sien puisque nous n’étions pas en « invités » mais sur la pelouse dans la marée des payants estomaqués par le Boss.

Voici le titre tel qu’il l’interprétait (Memorial Coliseum de Los Angeles, 30 septembre 1985):

J’avais prévenu : ça fait dresser le poil hein ? 😉

Ce que j’ignorais alors, c’est à quel point ce morceau est important pour toute une partie de la population américaine. Et qu’il a été écrit – sur la base d’éléments déjà existants et en réponse à une chanson d’Irving Berlin – par LA référence de la musique populaire US : Woody Guthrie. Pour en savoir un peu plus sur cette figure majeure du folk : Wikipédia reste ton ami. En voici une version d’origine (le texte subira régulièrement des modifications au gré des aléas politiques et sociaux que le chanteur commentait à sa façon) par le type qui avait écrit sur sa guitare dès les années 30 ‘This Machine Kills Fascists« :

Dès lors, cette chanson accompagna bien des combats ou plus simplement les gens pris dans les difficultés de la face cachée de l’empire. Bien avant la mort de son créateur en 1967, elle sera reprise et popularisée par d’autres chanteurs. A commencer par son ami Pete Seeger, autre monument ricain du folk et du protest-song, qui vient de fêter ses 90 ans, puis par son propre fils Arlo Guthrie. On les retrouve ici ensemble sur scène:

Et là Pete Seeger en solo et à la bonne franquette lors d’une manif en 2002 contre la guerre en Irak:

Il ne manquerait plus qu’une belle image façon Capra devant le Capitole pour valider l’idée que le petit air a su porter ses valeurs hauts et faire rendre au peuple le pouvoir de décider de sa destinée. Il y a le symbole mais on ne peut être dupe de l’image et « This Land is Your Land » est, depuis l’installation d’Obama, retourné dans les baraquements de homeless et victimes de la crise financière et capitaliste:

Paroles originales de 1944:

This land is your land, this land is my land
From California to the New York Island
From the Redwood Forest to the Gulf Stream waters
This land was made for you and me.
As I went walking that ribbon of highway
I saw above me that endless skyway
I saw below me that golden valley
This land was made for you and me.
I roamed and I rambled and I followed my footsteps
To the sparkling sands of her diamond deserts
While All around me a voice was sounding
Saying this land was made for you and me.
The sun came shining, and I was strolling
And the wheat fields waving and the dust clouds rolling
A voice was chanting, As the fog was lifting,
This land was made for you and me.
This land is your land, this land is my land
From California to the New York Island
From the Redwood Forest to the Gulf Stream waters
This land was made for you and me.
(Source Wikipédia)
[Note: si ça ne vous a pas suffi et rassasié, de nombreuses autres versions sont dispos en ligne 😉 ]
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Posted in: Musique, Politique