Ceux qui filent un mauvais coton sont un bon filon pour les dealers de cachetons ?

Posted on 19 mars 2010

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Dépressions au-dessus du jardin. Mais aussi au fond de la cour et dans les étages, dans les usines et les bureaux, devant le pôle emploi et derrière les guichets, dans nos villes et nos campagnes… ça gagne. Envoyé spécial hier sur France 2 consacrait un reportage à cette maladie aussi difficile à saisir qu’à assumer. Rien ne vaut un bon bras cassé: on vous plaindra sur l’air de « t’as pas trop mal mon vieux ? »

Le mec qui a glissé lui aussi mais qui n’a pas de séquelles visibles aura toujours plus de difficultés à faire croire à la réalité de son mal. S’il s’est arrêté (de travailler) et qu’il en donne clairement les raisons, on verra volontiers en lui un tire-au-flanc et peu viendront demander de ses nouvelles, sans doute par peur de la contagion. Ou pour ne pas être confronté à cet autre côté du fil vers lequel un système tout entier les entraîne aussi sûrement que la vie est mortelle. Au mieux viendront quelques confidences, des « moi aussi j’y suis passé » qui rapprocheront les blessés de l’avant garde de la chair à canon de nos si belles démocraties libérales.

Cela dit : « Raconte pas ta vie » :p Enfin peut être un peu quand même. Il est dommage d’ailleurs que le reportage a tenu à distance ces facteurs exogènes alors qu’il est évident que le rapport à la société, aux entreprises, au travail, aux difficultés sociales… sont à même d’expliquer un peu mieux l’accroissement du nombre de victimes sacrifiées sur l’autel d’un modèle au service de quelques uns qui ont mis en place des méthodes (et des personnalités) de kapos pour tenir le troupeau.

Mais en ce recentrant sur l’aspect du traitement médicamenteux des dépressions France2 a diffusé un sujet qui fait quand même bien froid dans le dos. Il y a certes l’affaire du placebo mais j’ai déjà entendu des médecins expliquer que donner un placebo ce n’est pas ne rien donner. Plus étonnant sont les chiffres montrant des améliorations comparables entre un groupe sous molécule active et  un autre qui prend un leurre. A croire qu’il n’y a rien dans la capsule 😦

Là où on peut s’inquiéter encore plus devant ces maladies au long cours durant lesquelles il faut savoir « dix fois tomber pou dix fois se relever »,  c’est sur les effets néfastes de principes contenus dans les pilules magiques. D’autant que les médecins n’ont pas l’air d’avoir vraiment de certitudes. Hors s’il est bien un domaine où le consommateur patient est en attente de solutions du « spécialiste » c’est bien celui de la santé; à peu  près autant que quand je porte la Donjipezmobile au garage et ne comprends rien à  toutes les opérations qu’elle doit subir si ce n’est que ça va me coûter bonbon.

Alors bien sûr, voir que les médecins sont invités à des congrès de formation par ce qui n’est autre qu’un lobby avec l’industrie pharmaceutique (qui sera partie prenante de l’Acta pour protéger ses brevets et que,les pauvres ne puissent pas mourir sans passer à la caisse, les salauds) et que ces sessions se transforment en salon où les VRP de la chimie essayent de placer leurs produits ce n’est pas très rassurant. Pour le moins. D’autant que plus méritants, reconnus et influents du champ de la médecine (désolé je viens d’avoir un remontée de Bourdieu là) ne sont pas des acteurs neutres mais font au contraire des « ordonnances » sous influence. Leurs avis sur un produit va être de nature à le crédibiliser auprès de larges pans de la profession. Mais comment faire confiance à la neutralité de l’analyse scientifique de quelqu’un qui touche ?

Vient aussi la question du sevrage. L’exemple montré dans ce docu est assez effrayant et l’addiction parait bien plus hard que celles à l’alcool ou à quelques autres substances.  Je parle de choses mineures, ou douces, et je ne ferai peut être pas d’un cas une généralité 🙂 Quoiqu’il en soit, s’il ne faut pas négliger les causes endogènes auxquelles la thérapie peut apporter réponses et peut être solutions, le fait d’avoir une large partie de la population qui ne tient que sous assistance médicamenteuse pourrait inciter à réfléchir et devra être porté à charge lors du procès du système.

Si vous l’avez raté, le reportage dure 38 minutes, c’est intéressant et facilement abordable :

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Merci à FullHdReady pour cette vidéo ;-)
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