Quand le gouvernement américain planifie la destruction de WikiLeaks

Posted on 17 mars 2010

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La démocratie c’est juste le droit de rester dans les sillons tracés à l’avance et de se contenter de ce qu’on veut bien nous montrer ? Pas loin en tout cas. Donc lundi, via son compte Twitter, WikiLeaks annonçait que les services US avaient planifié sa destruction.

Pas sans preuve bien sûr. Un rapport confidentiel de 34 pages de l’armée américaine et du département de la Défense était mis en ligne, détaillant des intentions du gouvernement US (à consulter en ligne ici ou en pdf : us-intel-wikileaks) qui relèvent d’un terrorisme d’Etat.

Que les dictatures aient une dent contre cette organisation, rien de surprenant, mais que ce soit l’auto-proclamée plus grande démocratie du monde qui nourrisse de telles intentions pour éviter la transparence s’avère assez parlant quant aux volontés de confiscation par les appareils politico-financiers dans nos systèmes des leviers de décision et des éléments d’appréciation. Le rapport dévoilé met en avant, bien sûr est-on tenté de dire tant l’argument est utilisé en ce sens,  des risques de manipulation et de potentiels dangers pour la sécurité via la révélation de certains documents. Bref, on connaît la chanson du « secret défense » qui est surtout utilisé comme « secret-magouilles »…

Alors évidemment la démarche de Wikileaks ne fait pas l’affaire de ces oligarchies. Fondé en 2007 par des « dissidents chinois, des journalistes d’investigation, des défenseurs de droits de l’Homme et des mathématiciens », dixit la page de présentation, WikiLeaks a récolté et publié plus d’un million de documents confidentiels. Un journal américain a ainsi estimé que « dans sa courte existence WikiLeaks a produit plus de scoops que le Washington Post en trente ans ».

« Le site divulgue, de manière anonyme, non identifiable et sécurisée, des documents témoignant d’une réalité sociale et politique, voire militaire, qui nous serait cachée, afin d’assurer une transparence planétaire. Les documents sont ainsi soumis pour analyse, commentaires et enrichissements « à l’examen d’une communauté planétaire d’éditeurs, relecteurs et correcteurs wiki bien informés », explique ainsi la notice Wikipédia qui lui est consacrée.

L’encyclopédie en ligne ajoute : « La sécurité du site est renforcée par l’emploi de technologies cryptographiques de pointe. À cette fin, des processus mathématiques et de chiffrement extrêmement sophistiqués doivent assurer le caractère privé, l’anonymat et l’impossibilité d’identification. Techniquement, WikiLeaks associe des versions remaniées de Freenet, de Tor ou de PGP à des logiciels de conception maison. Les contributeurs peuvent se connecter en mode normal ou en mode sécurisé. WikiLeaks pense notamment ainsi être « étanche aux attaques politiques et légales » et, en ce sens, « impossible à censurer ». »

Parmi toutes les infos sorties par le site, je me souviens particulièrement de la diffusion une semaine avant de « l’accord » sur le climat de Copenhague tel que rédigé en secret par les pays les plus puissants pour l’imposer au reste du monde. Mais ce ne fut pas la seule et le site de France24 relève (ici) quelques uns des coups les plus spectaculaires réalisés. Ils suffisent à voir l’efficacité d’un tel média citoyen et indépendant, à charge ensuite aux professionnels de l’information de corroborer et diffuser plus largement ces éléments. S’ils en ont ou se donnent les moyens et la possibilité.

Aujourd’hui WikiLeaks est confronté à deux enjeux. Le premier est financier : il a cessé son activité quelques semaines en début d’année et aurait besoin de 600000 dollars pour se remettre à flot et établir son budget, alors qu’il n’a pour l’instant recueilli que 300000 dollars de dons… Cette argent est aussi nécessaire dans le cadre de procédures juridiques.

C’est le deuxième enjeu, avec celui des libertés sur le net puisque des décisions l’ont un temps privé des serveurs qui lui sont nécessaires. Ces deux aspects, qui relèvent de la liberté d’accès à l’information et d’expression, pourraient être solutionnés (et WikiLeaks est, en partie, à la base de ce texte)  par une loi actuellement à l’étude en Islande qui garantirait les libertés numériques face aux censures, filtrages et autres surveillances hadopiesques. Cette loi pourrait être adoptée en avril ou mai.

Un reportage sur WikiLeaks [eng.] :

A lire aussi sur les visées du gouvernement ricain : – Did Uncle Sam try to kill Wikileaks?

– The Government’s Secret Fear of Wikileaks, Where Confidential Documents Live Forever

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