Loppsi, un deuxième étage à la fusée liberticide anti-internet du pouvoir

Posted on 9 février 2010

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Il y a eu Hadopi, Acta avance (et pour se préparer à résister et en savoir plus, un petit clic en bas à droite sur le bandeau): en attendant voici la Loppsi (Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure ). Bon techniquement, ce n’est pas fait puisque le texte arrive en discussion ce mardi 9 février devant l’Assemblée nationale.

Mais c’est pour ainsi dire plié vu notre excellent système démocratique qui fait que les amendements de l’opposition seront balayés, les éventuelles voix discordantes de la majorité umpiste muselées et le projet du pouvoir de droite avalisé. Peut-être un peu musclé par quelques élus populistes qui prouvent qu’entre la droite et son extrême, le cousinage est devenu plus qu’avéré. Et si les excès des sarko sbires étaient retoqués par le Conseil constitutionnel, on a vu précédemment que ce gouvernement avait vocation à contourner de telles décisions au profit des intérêts de ceux qu’il sert.

Et pourtant ! « C’est un prétexte pour un filtrage général » s’insurge Jérémie Zimmermann , l’un des fondateurs du collectif de défense des droits et libertés des citoyens sur internet, La Quadrature du net.

La Loppsi suscite une vive opposition et les prises de position se multiplient (comme ici avec la dénonciation d’une « Sarkofrance sécuritaire »). Plusieurs des articles de la loi (art. 2, 3, 4, 10, 11, 17, 18 et 23: détails sur PCInpact) touchent au secteur des nouvelles technologies et au web : délit d’usurpation de l’identité numérique, blocage des sites pédopornographiques, chevaux de Troie de la police, fichiers d’analyse sérielle…

La possibilité d’introduire des mouchards dans l’ordinateur du citoyen lambda, dans certaines circonstances, en allant jusqu’à réaliser, à l’insu de l’utilisateur, des enregistrements de ses frappes sur clavier (keylogger) ou des captures d’écran figure au rang des sujets d’indignation. Mais c’est la volonté de filtrer et bloquer certains sites (lesquels ?) dans le but affiché de lutter contre la pédopornographie, qui cristallise les inquiétudes. Et il y a de quoi ! (une autre analyse sur Acrimed le montre encore)

Les effets de bords techniques – surblocage non-désiré de sites, absurdités à l’exemple de cas récents avec une loi comparable en Australie (interdiction de sites parlant de poitrines bonnet A ou B, du point G ou de l’éjaculation féminine sans rapport avec les buts visés) – mais aussi les risque de dérapages pour de raisons idéologiques et commerciales sont vivement dénoncés. Pour la Ligue Odebi : « sous couvert de cette lutte, le gouvernement souhaite mettre en place un filtrage sur Internet ». Autrement dit : restreindre la liberté d’expression. Et mettre sous le monopole des médias et puissances financières des copains et des coquins une information aux ordres des intérêts d’un même groupe et d’une pensée unique qui ne veulent plus être gênés dans leurs exactions.

D’ailleurs, c’est parti pour les conneries: déjà ça dévie sous prétexte de protéger les petits z’enfants (de la patrie) puisqu’un amendement de la députée UMP Chantal Brunel prévoit de censurer le contenu sadomasochiste sur Internet. Comme quoi, il y a quand même des fessées cul nu et en public pour stupidité patente qui se perdent 😀

Plus sérieux, la loi serait, en plus, inefficace et contre-productive. C’est ce qu’explique le rédacteur en chef  du site ReadWriteWeb, Fabrice Epelboin, auteur d’une enquête et qui publie un ouvrage sur le sujet. Si « la menace sur la liberté d’expression est bien sûr réelle », il estime surtout que « le filtrage est probablement la meilleure chose qui puisse arriver aux criminels qui font le commerce de pédopornographie ». En clair, les mesures feront la fortune des mafias.

Il s’agit d’une nouvelle rupture entre les pouvoirs (politique et des old économie et médias) et internet, avec un mouvement d’ensemble visant à une mise au pas de la sphère numérique. Un nouvel étage d’une « répression » dans laquelle seul l’internaute moyen sera piégé, contrairement à l’utilisateur avancé (et bien sûr aux malveillants bien organisés, eux) qui trouvera toujours des parades.

Car s’il ne fait aucun doute que le texte porté par le blondin couperosé aux plaisanteries « auvergnates » douteuses, Hortefeux (en relais de MAM), sera voté par ce parlement croupion, comme pour Hadopi, les « bidouilleurs »  vont faire tourner leur savoir et poursuivre leur hacktivité. Voici déjà quelques conseils utiles chez Jura Libertaire et Petaramesh. Comme le début d’une ère annoncée où, pour ne pas rester dans le panurgisme imposé (et/ou accepté), il faudra apprendre à tisser son drapeau pirate d’apprenti hacker ?

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