L’ouvrier, cet abruti

Posted on 24 janvier 2010

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Un titre qui choque ? Après quelques instants il pourrait cependant à lui seul conduire aux seules conclusions logiques à en tirer. Storytell.

Combien de vrais ouvriers suis-je amené à côtoyer ? Soyons honnête : très peu. Il y a ceux du Livre bien sûr, mais leur situation est quelque peu différente. Non pas que je m’adonne comme beaucoup de ceux qui exercent ma profession à leur dénigrement systématique. Ce qu’ils ont, ils l’ont parce qu’ils ont su le conquérir. De haute lutte avec le patronat. Par leur savoir-faire aussi qu’ils ont su mettre dans la balance en contrepartie. Et un rôle longtemps indispensable. L’évolution des métiers les a largement amputé de catégories aujourd’hui disparues ou presque. Puis la crise. Et ils payent sans doute aussi une stratégie devenue de moins en moins convaincante ou ne qui n’a pas semblé toujours très logique, n’affichant que des revendications parfois à courte vue après le départ de certains plus clairvoyants.

Sinon ? Au bistrot un peu. Mais après avoir mis mon foie un peu au repos (forcé?), je me suis un peu éloigné du petit noir au comptoir depuis que je ne peux plus m’y pourrir les poumons à l’envie. Pour le reste, c’est quand même indirect. J’avais gardé un temps un dernier point de contact avec cette réalité en la racontant un peu et en chroniquant la vie judiciaire où la correctionnelle est parfois le bout du bout de ce qui cloche au royaume de l’euro.

Donc : fête. Retrouvailles. Quelques mecs d’autrefois, du lycée, de la fac et d’on ne sait plus trop d’où. Pour la plupart on a des boulots de bobos qui se ressemblent un peu. Bon, il y en a qui ont réussi. Bistrotier, intermittent du spectacle… Et puis un qui bosse en usine. Et qui va justifier un post ici. Et pas seulement parce qu’il explique ne pas avoir de téléphone portable car il ne voit pas l’utilité d’être joignable tout le temps alors qu’il a un répondeur chez lui (où souvent il ne décroche pas le combiné, retenu qu’il est derrière ses ordis par ses mix et bidouillages).

On évoque un peu. Le passé d’abord. Commun à tous: shit alcool zik films idées luttes.  Son job aussi. Prolétariat moderne : l ‘homme qui alimente la machine. Pas mieux sinon pire qu’avant. « C’est abrutissant. Ca fait 5 ans dans cette boîte. Je sortais de galère, fallait taffer alors j’ai pris. Au bout d’un moment tu deviens vite con (…). Ton cerveau ne fonctionne plus. Tu es trop crevé pour lire ou penser en rentrant (…). Tu oublies ce que tu savais. Des fois ton môme te pose une question et tu t’aperçois que ça t’a tellement bousillé la tête que tu as oublié une réponse que tu connaissais pourtant. Tu essayes de résister un peu, avec de la zik, des films, sur tes repos, vacances (…). Mais ça te bouffe petit à petit. »

Le lot de tout le monde c’est vrai, même si certains veulent l’ignorer. Mais en pire. Brutalité totale de leur « Machine ». Sa conclusion s’impose : « On n’a qu’une vie. On ne devrais pas être obligé de perdre son temps pour gagner de quoi bouffer ». Perdre sa vie à la gagner, ça cause non ?

Et ça ne peut que déboucher sur une volonté loin de toute les vaines circonvolutions du jeu politique toléré par les possédants. Le combat ne pourra cesser tant qu’il y aura un tel « abruti ». Il ne peut qu’être total pour permettre d’éradiquer la bête. Sans utopie vaine et naïve mais avec l’intelligence du monde et de possibles bien plus nombreux que la voie qu’on veut nous faire croire unique. Pour un billet encore en attente j’avais commencé à envisager les cas où le recours à la violence (politique et sociale)  n’est pas à exclure. Une seule de ces phrases entendues, autant que leur logique conclusion, un seul cas pourrait justifier d’y avoir recours si besoin.

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