H1N1 : Sarko et sa bande sur la voie du coup d’Etat grippal

Posted on 1 décembre 2009

2


Hier matin, je ne serais pas déjà tombé du lit à l’aube que j’en serais tombé sur le cul. Indispensable TéléVeilleur,  FullHdReady avait relevé ça sur BFMTV:

Vodpod videos no longer available.

Oui déjà, l’ineffable Roselyne Bachelot-Narquin, qui a traficoté son CV pour se refaire une virginité quant à son passé lié aux intérêts des industries pharmaceutiques en étant nommée ministre de la Santé (clic, clic pour lire sur Fakir), au réveil, ça fait peur. Mais c’est surtout le propos qui inquiète.

Ballon d’essai ou langue trop bien pendue d’une spécialiste des boulettes  quelques instants avant une réunion à l’Elysée (qui verra la décision de changement de niveau être différée – de quelques jour ? – : lire le communiqué)  ? Etonnant en tout cas de la voir mettre en avant l’interdiction de manifestations et rassemblements politiques. D’autant qu’avant, il y aurait d’autres domaines à citer en cas de passage au niveau 6 face à l’épidémie de grippe H1N1. Voici ce qu’on peut relever sur le site santé-médecine.net :

Comme le précise le Plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale : pour limiter la pandémie, une interdiction de réunions dans des lieux publics et des rassemblements pourrait être envisagée.
Le passage au niveau 6 entraînerait donc une fermeture de tout lieu public : écoles, crèches, commerces, théâtres, musées, métros, transports en commun, aéroports. Toute personne devrait alors porter un masque et des gants de protection à renouveler toutes les 6 heures.
Les déplacements pourraient être également limités et les frontières fermées.

Le Figaro dans la soirée de lundi en a délivré une version plus détaillée (c’est par là). Ce n’est pas encore les « pleins pouvoirs » que s’arrogerait le gouvernement mais ça commence à ressembler à un truc comme l’état de siège non ? Etonnant aussi de relever que c’est le ministre de l’Intérieur (le très rassurant démocrate Hortefeux) qui aurait la main sur tout le dispositif et que rien ne soit précisé en matière de durée ou de modalités d’application, ainsi que d’exceptions et de garanties des libertés fondamentales.

Avec Sarkozy et sa camarilla bonapartisto libérale, cela ne peut qu’inquiéter. Du « coup d’Etat permanent » de ce système, on glisserait quand même vers si ce n’est un coup d’Etat grippal du moins vers quelque chose qui aurait comme du cousinage avec un régime d’exception.

En relisant la liste des lieux collectifs concernés, il ne vous apparaît pas non plus qu’il en manque un ? Un endroit où on se trouve rassemblé en plus ou moins grand nombre mais en nombre quand même ? Et oui : le boulot, le taf’, le turbin, le chagrin… Et là, revient soudain en mémoire une discrète circulaire de début juillet prévoyant que la grippe abolisse le respect du droit du travail.

Ce serait comme le moment de s’en souvenir et de la relire : 14631_

Et oui, elle laisse bien voir que plutôt que la santé publique, il s’agit avant tout de préserver les intérêts économiques. Elle ne vise en effet pas que les seuls secteurs stratégiques et indispensables, en y organisant le maintien de l’activité avec un maximum de précaution, mais à garantir que pendant la maladie les profits continueront. La grippe pourrait même réaliser le rêve patronal d’abolir les garanties et droits des salariés.

Libé avait consacré un article à la question. Voici ce qu’écrivait notamment Delphine Legouté :

A cause de la grippe, la France pourrait tourner au ralenti dans ce que le ministère appelle «un mode de fonctionnement dégradé de la société». D’où une série de préconisations, à caractère exceptionnel, pour permettre aux employeurs de jouer sur la flexibilité de leur personnel. «Il en va de la survie de l’économie nationale, des entreprises et de la sauvegarde de l’emploi» est-il précisé. (…)

L’employeur pourrait donc «adapter l’organisation de son entreprise et le travail des salariés». Le volume horaire de travail ou le nombre de tâches à effectuer pourraient, par exemple, augmenter «par décision unilatérale de l’employeur». Et de préciser entre parenthèses que «le refus du salarié, sauf s’il est protégé, constitue une faute pouvant justifier le licenciement».

S’agissant de modifications plus importantes, tel que l’aménagement du temps de travail (dérogation à la durée maximale journalière en cas de surcroit temporaire d’activité, dérogation à la durée maximale hebdomadaire de 46 heures, etc.), l’employeur serait dans l’obligation de recevoir une autorisation administrative. La circulaire invite donc l’administration du travail à «faire preuve de souplesse et de réactivité face aux demandes des entreprises».

Non, vous ne rêvez pas. Hallucinant pourtant. Interrogés des spécialistes avaient relevé des « approximations inquiétantes ». Et pour tout dire, elle le texte est largement hors des clous de ce que permet la loi notamment en matière d’exercice du droit de retrait (lire ici ce qu’en dit un avocat). Au passage rappelons que les entreprises ont quelques obligations en matière de prévention et de protection (détail).

Mais revenons à la circulaire qui fait du droit du travail une victime de la grippe A. Dans des circonstances exceptionnelles liées à ce niveau de pandémie, il ne serait pas facile d’en faire reconnaître l’illégalité.

D’autant que… la Justice n’est pas oubliée dans les mesures d’exception envisagées. « Un seul magistrat, faire juger les mineurs par les tribunaux pour majeurs, prolonger automatiquement les délais de détention provisoire… tel est le visage que pourrait prendre la justice en cas de pandémie de grippe A(H1N1) selon le Syndicat de la magistrature, qui affirme avoir eu connaissance de projets de textes modifiant l’organisation et le fonctionnement de la justice et circulant « dans le plus grand secret » , pouvait-on lire dans Le Monde du 8 septembre.

MAM , en qui on sait pouvoir avoir toute confiance au vu de l’affaire d’Etat que devient le montage de Tarnac (c’est par là), avait démenti mais le ministère avait dû concéder que  « c’était un projet d’ordonnance dans le cadre de travaux exploratoires au cas où l’on serait face à une crise sanitaire grave empêchant les juridictions de fonctionner normalement », selon un porte-parole.

Certes le pire n’est jamais certains. Mais l’accumulation d’éléments appelle pour le moins à vigilance et s’avère quand même bien inquiétant sur l’usage que pourrait faire le pouvoir de droite, confronté qui plus est à la crise et à la contestation, des circonstances.

Publicités
Posted in: Politique, Société