Christophe à Lyon en « fétichiste de l’impossible »

Posted on 9 octobre 2009

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Maintenant que vous avez lu le titre, vous pouvez vous barrer tranquille. Tout est dit. Vous n’en saurez guère plus.

Eté indien pour crépuscule automnale et cette nuit qui est en train de gagner contre le jour. L’heure de sortir, comme caché par « ce cuir noir qui protège du désespoir ». Galure en feutre, boots à bouts carrés de lézard travaillé, velours noir sur lin blanc et chiffré au 501 habituel pour voir le sophisticated man. Public sans âge donc de tous, quadras et quinquas ont la majo.

Flashback et rétro argenté. 8-10 ans disons, Les Mots Bleus sur les radios, dans les télés. J’y connais nibe mais je flashe, comme un avant-goût sur les sons qui me poursuivront plus tard. Ca passe avec la variétoche d’époque au camping de je-ne-sais-plus-où mais il y a d’autres nuances, arrangements, échos. Je n’en sais rien bien sûr. Flash forward. Collège et les slows. Cette Aline pourtant rétro sert pour emballer mais, trop insistante dans son emballage variété, je la renverrai au tout-venant des usines yés-yés.

Un long blanc pour y revenir. L’oiseau de nuit est dark, ce Dernier des Bevilacqua qui dérivait vers Les Paradis perdus sur son Minuit Boulevard n’était en rien ce pourquoi je l’avais laissé. Aventurier du son perdu aux trips aussi blues que parfois electros, il pointe au même tripot des tarabiscotés qu’un Vega, Alan – il le dit et c’est son pote -, fréquente le même cabaret bizarre qu’un Alain, Bashung. Effet boomerang quand l’Alsacien qui s’est barré balance sa cover des Mots Bleus. Une boucle s’est bouclée.

La scène ? Réalisme socialiste réussi pour architecture de circonstance avec cette Bourse du Travail où j’ai vu passer d’autres oiseaux de la rockitude il y a, ça me revient soudain  comme un regard sur le précipice, déjà longtemps. Sobriété au volant. Juke box pieds au plancher pour lumières recherchées. Quatre comparses et l’homme aux cheveux blancs. Mince : tour de chant ? Que nenni en deux parties. La pause clope est offerte, un luxe et une élégance dans cette aseptisée dérive ou le payeur n’a plus l’opportunité d’être fumeur. Au fait, cotise-t-il chez nicot ? Ce serait étonnant pour avoir garder à bientôt 64 ans une étendue vocale dont il fait instrument.

Veste courte et lamée. Soie ? Escabeau noir pour se percher. Accueil en forme de dévotion. Les icônes se font rares. Surtout celles qui continuent à avancer. Plus qu’à saisir au vol un cut-up d’instantanés.

Le before d’avant smocking. Vaisseau spécial en voyage (super) sonique. On dirait bien qu’on a embrayé sur le dernier album, Tonight, Tonight…  Et d’autres expérimentations négligées. Au risque de décontenancer ? Pourtant c’est là que Christophe va aller chercher ses voies du rock d’un air pénétré. Accords de quarts et de quintes jouent avec les nerfs de la sono et la poussent dans ses limites lancinantes. Fontaines électroniques pour guitares électriques qui vont visiter jusqu’aux frontières abîmées du krautrock ou clarté mélodique de voix sur fond de piano unique.

Deuxième set : on en revient aux classiques. Mais il va savoir s’en arranger. Oubliées les contraintes du marché, Les Marionnettes sont speedées et les plus connus revus à la hausse. Passons sur un ou deux hits expédiés dans un emballage quasi d’origine où le bastringue accentué vient chatouiller les reprises de balloches assumées. La pop sophistiquée se nourrit de ce rock expérimenté jusqu’à un blues harmonica-batterie qui se réinvente à l’électro. Entre les morceaux, les tirades allumées oscillent avec un humour entre le zéro et l’infini. Autographes en bord de scène, public conquis et pas besoin de rappels: « je faisais ça entre 20 et…22 ans pour voir si on m’aimait ». Puisque c’est la fin, retour aux débuts avec un Aline old-school. Puis, comme pas envie de partir et se poser au piano, répondre au saxo pour finir dans l’intimité. Clap de fin et coupez : Elle dit, elle dit

Aperçu en image via un Olympia printanier :

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Posted in: Musique