Le travail machine à laminer, à éliminer, à tuer…

Posted on 3 octobre 2009

2


Voilà un sujet autour duquel je tourne depuis un moment. Et que j’ai pas mal repoussé devant la difficulté à en faire le tour. Et là, d’un coup, tout un pan en est traité plus que mieux bien dans l’émission « Mon Oeil » de France 2. Il n’y a pas grand-chose à y ajouter. Il faut juste préciser que ce qui frappe France Télécom n’est sans doute que la partie visible d’un iceberg que recouvre la notion de « souffrance au travail ». La partie la plus extrême aussi car le suicide est le geste ultime  – dont l’analyse des facteurs reste affaire de psychologues -, d’un phénomène que recoupent des mots comme arrêts maladie, antidépresseurs, isolement, tête d’enterrement, harcèlement…

Allez, on est entre nous : qui un jour sur une passerelle métallique ou au bord d’une baie vitrée ne s’est pas dit, même un instant, que ce serait plus simple, vite fait et bien fait pour tous ces cons ? Avant de se resssaisir. Ou pas.

Derrière tout ça, il y a bien sûr la question du salariat sur laquelle il faudra revenir. Celle aussi des solidarités et de la manière d’imposer un rapport de force alors que la machine a su générer pour mieux l’utiliser le spectre du chômage et de la précarité afin de conjuguer à son profit tout ça sur le mode du « marche ou crève ». Système qui a aussi prévu la culpabilisation par le besoin d’accéder aux « marqueurs » dont tu n’as pas besoin (excellente lecture chez Seb Musset : clic).

Et puisque je cite son blog, autant le paraphraser : jusqu’où va-t-on regarder les salariés tomber ? Parce qu’avant France Télécom, il y a eu Renault il y a quelques années. Et tant d’autres. Comme cette série dramatique qui frappe le ministère de l’Environnement, de l’Equipement… révélée par L’Humanité (ici et ici) et bizarrement passée sous silence d’ailleurs. Sans oublier qu’une étude britannique a constaté une corrélation entre l’augmentation du taux de suicides et celui du chômage.

Mais restons-en à l’entreprise. Tous ces maux répondent à des mots. Ceux de ces managers formés aux mêmes écoles et qui ont fait leurs inhumanités avec application pour une voiture de fonction et une place de parking à leur nom. Ceux de leurs serviles kapos, victimes qui s’ignorent ou collabos de nature, prêts au pire pour un strapontin. Et puis cette litanie : restructuration, réorganisation, flexibilité, sous-effectif, surcharge de travail, productivité… Et vient le pire : déresponsabilisation, humiliation, déconsidération…

Les réponses existent certes : mépris, désinvestissement, entrisme, paresse, triche, hypocrisie… mais pour beaucoup l’intoxication idéologique de la valeur travail et de l’amour du métier a fait ses dégâts et la chute est dure. « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés »

Merci à @FHDR  😉 (followez le donc sur Twitter, où son avatar parle pour lui… et ailleurs)
Advertisements