Quand MAM demandait l’aide du MIL pour tenter de créer la peur d’un « ennemi intérieur »

Posted on 28 septembre 2009

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Encore une drôle d’affaire dans la banana republic. Qui ne devrait pas beaucoup exciter des médias surbookés entre le colon de Johnny, le spectacle Clearstream (oui je sais, j’ai donné aussi ici 😉 ), le vainqueur de Secret Story et la grippe A…

Pourtant, une actuelle Garde des Sceaux et alors ministre de l’Intérieur qui s’exprime devant une association ayant vocation à être un groupe d’influence de la droite dure, pour ne pas dire flirtant avec les barbouzeries d’extrême droite, ça peut étonner. Et encore plus quand elle déclare aux membres de celle-ci : « Vous avez un rôle à jouer, un rôle pour expliquer, pour convaincre, pour créer de la part de l’opinion publique un rejet de ces groupes.(…) »

En l’occurrence, il s’agissait de faire monter la mayonnaise autour d’une fantasmatique résurgence de mouvements prêts à mettre le pays à feu et à sang par le terrorisme.

C’était en février 2009, lors de la convention annuelle du MIL, un discours qu’il publie dans son bulletin du mois de mai. Mais le MIL qu’est-ce que c’est dira le lecteur plus au fait de l’agriculture africaine que des officines umpistes? Créé en 1981, le Mouvement Initiative et Liberté – on trouve toujours des noms sympas pour ce genre de trucs – est un prolongement du peu ragoûtant syndicat étudiant des jeunes droitiers réacs, l’UNI, et un lieu de repli pour les ex-membres du sinistre Service d’Action Civique (SAC) qui sera dissout en 82 après la tuerie d’Auriol. Pour en savoir plus sur cette organisation parallèle de « la droite civique, gaulliste et patriote », Wikipedia est ton ami 😉  Où on peut notamment lire sur la page le concernant : « Il (le MIL) considère que le communautarisme, l’immigration et l’islamisme menacent l’identité nationale de la France et que résister est un devoir civique. » Une profession de foi qui pourrait émaner du FN non ?

Cela dit ce Mouvement est légal et, si étonnant que cela puisse paraître – imaginez ce qui serait dit par la droite si un terroriste ayant purgé sa peine rejoignait le NPA ou si un leader de gauche s’exprimait devant une association libertaires -, rien n’interdit à une ministre en exercice d’aller y discourir.

Le vrai problème c’est le propos. N’oublions pas l’ambiance du moment en plus. Quelques caténaires de cette SNCF que la droite voue pourtant aux pires gémonies, accusant ses agents de blocages grévistes et voulant à tout prix démanteler ce qui en fait un service public, avaient été endommagés. On avait alors mis la main sur des anarchotonomesdultragauches vivant à Tarnac, lisant des livres et que l’on soupçonnait d’être derrière un manifeste-brûlot « L’insurrection qui vient » annonçant la nécessite de se préparer et de mettre en oeuvre le post-capitalisme.

Comme tout n’allait pas pour le mieux pour le pouvoir en place et son Etat de droite ainsi que pour  le système qui les fait exister avec une crise dont les riches seraient finalement sortis, il y avait inquiétudes, voire panique à bord. Et dans ces cas-là, avec la droite on n’est jamais déçu : les vieilles recettes mode loi « sécurité et liberté » sont de retour. Il fallait donc justifier une répression à venir, un flicage accru, quelques dérapages prévisibles, le contrôle des espaces de libertés et la criminalisation de toute contestation sociale, parce que voyez-vous pour ces gens là un opposant c’est un dangereux dissident. Et pour cela rien de mieux que faire peur et alimenter un rejet de l’opinion publique pour tout ce qui pense autre chose en le présentant comme potentiellement dangereux.

Et voilà donc la MAM qui, entre deux envolées du plus pathétique nationalisme, demande à ces petits copains apprentis barbouzes de tout faire pour y contribuer. Elle va jusqu’à prévoir que cela peut choquer les gens de gauche voire les citoyens de bonne foi dans leur ensemble. Il suffit de lire ses propos, nul n’est besoin d’en trop rajouter.

mil captureSi ça ce n’est pas un appel à manipuler… Le document dans son intégralité sur la lettre du MIL est à consulter ici (MIL Vigilance & Action) ou ici.

Ne nous faisons pas d’illusion. Dans un pays où le ministre (actuel) de l’Intérieur (et des Cultes) fait des blagues racistes – sur les Auvergnats -, où le président organise ses déplacements comme un dictateur coréen avec des figurants et où il prononce la culpabilité des prévenus à la télé mieux qu’un Ceausescu, MAM ne perdra pas son job pour si peu.

Tiens, petite anecdote perso pour terminer ce billet. Dans un département connu autrefois pour la gloire de son club de foot, il m’est arrivé il y a quelques années de me retrouver au même comptoir tard dans la nuit que des membres de ce MIL. Entre quelques propos sur l’immigration, j’ai pu pêcher une ou deux infos sur l’antenne locale de l’officine. Il se trouve qu’elle était dirigée par un Corse, qui était aussi patron de la BAC dans cette ville. Un petit air de ressemblance avec le SAC ? Parmi les membres pas mal de policiers (pas tous hein) des brigades anti-criminalité, mais aussi des patrons d’établissements de nuit flirtant ou ayant flirté avec la légalité, qui s’achetaient au passage quelques relations utiles pour leurs commerces, et constituant un petit « milieu » local… Quant aux activités, en-dehors de l’apéro et des rendez-vous au stand de tir, j’avais cru comprendre que le collage d’affiches, la sécurité de certaines manifestations du RPR (oui ça date un peu) en faisaient partie. Ces militants d’une droite (… voir plus haut)  m’avaient aussi affirmé qu’on trouvait dans les proches ou en relation avec « le club », comme ils disaient, un responsable de presse et bien sûr quelques notables de la droite, chefs d’entreprises… (qui n’apparaissaient pas en première ligne).

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Posted in: Politique