Nora Berra, la « diversité » en arrêt maladie

Posted on 19 juillet 2009

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Voilà qui tombe plutôt mal. Après les robes de Rachida Dati, ce coup-ci c’est l’arrêt maladie qui plombe un nouveau gadget du sarkozysme.

Nora Berra a été nommée Secrétaire d’Etat aux Aînés lors du remaniement post élections européennes. Les aînés c’est les vieux. Les personnes âgées qu’on disait autrefois. Même si la définition reste floue. A-t-on voulu dire les retraités ? Vu les visées medefienne des sangsues patronales, le terme aurait risqué d’être vite caduc puisque bientôt ils croient pouvoir nous exploiter et nous faire trimer jusqu’à ce que ce mort s’en suive. Donc va pour aînés. Sauf que moi, par exemple, je suis l’aîné depuis tout petit. Bon, d’accord je reconnais que encore jeune j’étais aussi appelé « mon vieux » par quelques potes de toujours.

Bref, la voilà pourvu d’un sous maroquin et pêchée au nom de la diversité. Ou des minorités visibles. Enfin un machin naboléonesque qui l’a vue être piochée par l’oligarchie au pouvoir, au prétexte qu’il faut afficher noirs et arabes pour avoir l’air de ce qu’on ne fait pas. Je dis arabe pour ne pas faire dans le politiquement correct, comme je ne renie pas des origines ritals, même si ce type de renvoi aux origines peut aussi être porteur de sigmatisations qu’on ne peut ignorer.

Elle a brillé par sa discrétion et son inexistence depuis sa nomination. Il est vrai qu’ avec ce type de poste, difficile d’être dans les médias tous les jours et de pondre des projets qui se tiennent alors que n’importe quel retraité lui fera remarquer qu’avant d’organiser des activités pour le 3e âge, il serait urgent de revaloriser les pensions et d’arrêter de les ponctionner (franchises médicales…). Mais la voilà rattrappée par son passé alors qu’elle était simple conseillère municipale.

Médecin, a priori de haut vol, elle a exercé en immunologie à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon avant de rejoindre des labos pharmaceutiques privés. Elle est entrée en politique comme conseillère municipale à Neuville-sur-Saône (Rhône). Amenée dans ses bagages par Dominique Perben lors des dernières municipales lyonnaises, tête de liste dans le 8e arrondissement, elle essuya avec son leader la gifle de ce scrutin et se retrouva sur les bancs de l’opposition.

Elle fut alors placée en 5e position sur la liste Umpiste des Européennes et son parcours avait tout pour ressembler à celui d’un notable de province alliant position sociale professionnelle « privilégiée » et mandats. Mais patatras : la liste menée par Françoise Grossetête fait un bon résultat et elle est élue pour aller à Strasbourg. Ca serait arrêté là encore. Mais elle est repérée par les sarko-sbires en recherche d’alibi ministériel. On connaît la suite pour une politique encore pas très au point et qui avait du mal à réciter sa leçon (et la comprendre ?) durant la campagne comme le relevait Sarkofrance 🙂

Et puis mercredi, elle a les honneurs du Canard Enchaîné. « Entre le 23 mai et le 6 novembre 2008, la sous-ministre a enchaîné, sans interruption, six longs arrêts de travail. Durant cette période, (…) elle a été tout sauf inactive », affirme l’hebdomadaire qui s’est procuré un « rapport de contrôle » de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). « Durant son congé,  cette jeune malade a participé, notamment, à trois séances du conseil municipal de Lyon, à quatre du conseil du VIIIe arrondissement », relève le Canard Enchaîné, qui note qu’elle a  « continué à percevoir ses indemnités d’élue ». Elle travaillait alors pour le laboratoire Sanofi-Pasteur.

Et ça la fout mal. Même si ce ne serait pas illégal selon le quotidien régional Le Progrès qui s’est penché sur le dossier juridique. C’est peut être légal mais pas très moral, n’en déplaise à celle qui parle de « dénonciation calomnieuse », pensant sans doute à quelques règlements de comptes politiques du marigot de la droite locale.

Ca la fout d’autant plus mal que la droite décomplexée s’est engagée dans une culpabilisation des malades et une traque aux arrêts maladies. Avec la volonté d’imposer l’idée qu’ils sont souvent injustifiés, que les travailleurs sont des fainéants et tout malade un tricheur potentiel. Du coup les sarko-sbires avancent des chiffres erronnés et mettent la pression du résultat sur les médecins contrôleur de la sécu. Tout cela bien sûr au service d’intérêts patronaux qui refusent de contribuer à la solidarité et remettent en cause les principes du contrat social issu de la Résistance; au point qu’une déflagration sociale apparaît comme le seul moyen de faire changer la « peur » de camp et de les ramener à leurs devoirs, sous menace d’expropriation, par exemple.

Au sujet de cette politique de manipulations et de répression vis-à-vis des personnes en arrêts maladies, je lisais justement ces excellent témoignages et analyses d’un technicien de la sécu et d’un médecin conseil (clic ici et clic ici).

Même légal, l’arrêt maladie de Nora Berra  durant lequel elle poursuivait d’autres activités aurait-il été traité autrement si, par exemple, un cas identique avait été rapporté à des traqueurs de la CPAM, par exemple celui d’un salarié lambda qui aurait  continué à s’occuper de son assoc’ et à participer à ses réunions? Moi je vois comme un problème. Pour ne pas dire un deux poids deux mesures  scandaleux puisqu’il concerne un pouvoir qui s’engage dans une chasse et un soupçon systèmatique vis-à-vis des citoyens…

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Posted in: humeur, Politique