Retraites : salauds de pauvres, et en plus ça vit vieux

Posted on 20 juin 2009

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Une opération de com’. Objectif : nous faire prendre des vessies pour des lanternes ou des benefs pour du rien ou encore un dû pour un mérite-le (et tu l’auras si tu survies)…

L’âge de la sagesse ? On accorde au veillissement quelques vertus malgré une mode quoi voudrait qu’on le cachât. Avec le temps pourrait venir celui de cultiver son jardin, rosiers extérieurs ou plénitude intérieure. Des expressions comme se ranger des voitures ou avec les années s’acheter une conduite sont quand même parlantes. Sauf que là, plus rien ne va ma pov’ dame. ou plus rien n’irait si on se laissait à écouter certains.

En cache misère d’une crise que l’on veut d’un coup repousser aux oubliettes pour escamoter les responsabilités et gagner du temps de peur que sa gravité n’ébranle l’édifice sur lequel commanditaires et laquais ont posé leur triste séant, on a donc eu droit à un bien beau déroulé d’ignominies. Le genre pour lesquelles on revoterait, et des deux mains s’il vous plait, un rétablissement partiel et temporaire de la peine de mort au nom d’un peuple souverain qui rendrait une justice que l’on espère longue et cruelle.

Premier en piste ce blondin au physique de hyène (je sais, j’avais dit pas le physique mais lui on peut pas éviter) de plus en plus famélique (hyperthyroïdie ?) Hortefeux. Revoilà ce pourceau de la démocratie, qui se fait élire aux européennes un peu par hasard et refuse de siéger pour rester ministre de son copain nain, qui nous emballe le truc dimanche dernier : la retraite ce sera à 67 ans. Quelques réactions, sans plus. A la hauteur du personnage et avec le soupçon qu’il voulait surtout agiter un chiffon pour cacher que les rideaux brûlent.

Seulement il y a la deuxième couche. Deux jours plus tard, la cheftaine du patronat le plus nul du monde (j’ai les chiffres et s’il le faut on en inventera) vient nous prouver ce qu’on savait déjà : la reconnaissance du ventre de gouvernants qui savent à qui ils doivent leur place. Bref, la mère Parisot du Medef, le lobby des possédants et exploiteurs qui fit semblant de se moderniser pour mieux s’enfoncer dans des théories rétrogrades, la Laurence donc, héritière en chef et sondeuse en sus, qui nous explique que c’est plus possible et que va falloir reporter l’âge du départ en retraite. A 63 ans cette fois. Je serais curieux de connaître les méthodes de calcul retenues par l’un et l’autre 🙂 Ah non, on me dit dans l’oreillette que le couperosé du Puy-de-Dôme devait poser une fourchette haute pour faire si peur que la matronne des patrons puisse avoir l’air de fair un cadeau au bon peuple.

Au passage elle nous fait un joli bug sur l’espérance de vie comme signalé , j’y reviens de suite Mais on compatit. C’est vrai que le patronat soucieux de chaque écu qui sera cousu au revers de son pourpoint funéraire s’accroche jusqu’au bout, jusqu’à la sénilité. Au hasard ? Dassault (fils, héritier de papa et pas bon à grand chose d’autre qu’à acheter quelques dignitaires africains et une poignée de voix à Corbeil) tiens. Liquide que c’en est tragique. Ou alors Seillère. Ernest-Antoine de son prénom, baron (de petite et récente lignée) de son état. 72 ans au compteur et toujours sûr de son droit en héritier des maîtres de forges avec cette lignée Wendel qui s’est déchirée au moment où il quitte la tête du lobby patronal européen. Une querelle de famille pour des pratiques dignes d’un escroc si l’on en croit l’une de ses membres, sauf que chez ces gens-là on ne le dit pas ça comme ça et on essaye de calmer tout le monde sans que ça finisse en bourres pif. En tout cas un membre des ces 200 familles dont on ne s’est toujours pas débarassées et qui continue d’aligner les inepties.

Quoiqu’il en soit, le fond du discours de Parisot sur Europe 1 et réitéré au Monde vendredi peut se résumer ainsi : c’est quoi ces gueux qui ont l’indécence de ne pas mourir dans les deux ans qui suivent leur départ à la retraite. Morceaux choisis : « On ne peut pas gagner chaque année un peu plus en espérance de vie et cesser de travailler de plus en plus tôt. C’est un vrai problème » ou « aujourd’hui quand on prend sa retraite, c’est une retraite pour vingt-cinq ans voire trente ans. Quand on prenait sa retraite dans les années 1960 ou 1970, c’était une retraite pour dix ans. » Bon, au passage elle nous colle une espérance de vie à 90 ans mais tripatouillers les comptes c’est un dada patronal non ?

Seulement moi je veux bien rire mais pas de tout. Car mon dada à moi c’est rien foutre, glander, profiter, le farniente, le repos mérité, forcément mérité, jouir du temps et de ses plaisirs, le perdre pour en gagner… Bref touche pas à l’âge de ma retraite sauf à l’avancer à 55 voire 50 ans. D’autant que le sens de l’histoire, la logique économique et les droits et acquis sociaux sont dans mon camp.

Quand le patronat vient pleurer que l’argent va manquer on peut vite lui expliquer ou le trouver et lui dire qu’avec ce qu’il escroque goulùmment, on s’offrirait un ciel sans nuage aussi loin que puisse voir les prévisionnistes fussent-ils à sa solde exclusive. Je vous la refait pour le plaisir celle de l’outil qui produit à la place de l’humain et qui doit donc être taxé comme l’est le travail pour contribuer au pot commun ? Bref des bénéfices et dividendes qui s’évaporent et ne contribuent pas à la solidarité mais sont un vol de la richesse nationale.

Juste comme ça et parce qu’on va nous refaire le coup des méchantes charges qui étouffent les patrons – surtout les petits qu’on nous ressort à cette occasion alors que chacun sait que le front des pleureuses est mené par cette armée des ombres des fondés de pouvoirs et des conseils d’administration – rappelons nous l’autre nom qu’elles portent. C’est tout bêtement du salaire, de la richesse produite. Et les milliards d’allègements dont bénéficient mâme Parisot et ses amis bein c’est juste du revenu qui échappe à la redistribution, de la solidarité qui ne se fait pas. Alors, tiens, je vais être bon : gardez vos benefs – ou prenez dessus le nécessaire pour diminuer vos couts de production s’il le faut autant que vous le serinnez -, et rendez la tune des charges que vous nous piquez. Les caisses sociales, maladie et vieillesse, vont être pleines et bien pleines.

Entre un gouvernement de spoliation nationale et des syndicats en pleine abdication, je me demande si le coup ne risque pas de passer et votre numéro de pleureuse de prendre. Dans ce cas soyez prévenue prséidente du Medef et patronne, et alertez vos amis, nous serons quelques uns à estimer normal de se payer sur la bête. Et je le dis tout de go, s’il le faut quand je serais vieux, je serais braqueur, racketteur, rançonneur et je viendrais vous reprendre mon bien. D’ailleurs la police commence, parait-il, à envisager une hausse de la délinquance en cheveux gris aux alentours de 2040. La meilleure prévention serait de mettre un holà à la tentative d’escroquerie en cols blancs que vous nous interprétez.

Et puis n’oubliez pas les fondamentaux d’économie camarades patrons : les agents économiques pèsent les avantages et inconvénients de leurs décisions, ils sont doués de raison au moment de faire leurs choix. Et moi je dis que monter au braquos à 60 barreaux c’est pas si con : ça marche et c’est la retraite sous les cocotiers, ça foire et c’est 20 ans de zonzon avec hébergement à l’oeil (faudra moderniser et adapter à nos vieilles jambes), un concept bien plus attractif que les 2000 euros à balancer à une maison de retraite pleine de vieux et qui rapportera via un fond de pension.

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