Et si on n’avait que ce qu’on mérite

Posted on 4 mai 2009

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Evidemment, je ne fais pas allusion à moi qui mériterait beaucoup mieux. Comme la plupart d’entre vous sans doute. Mais sur un plan général ?

Commençons par Le Post.fr. Je tombe sur un « article » intitulé : « Casseurs à la fac de Lyon: quand l’extrême gauche révèle sa conception de la démocratie ». Une vidéo où des gens cagoulés tapent avec des chaises sur une porte close. Et un texte les désignant comme ayant voulu empêcher un vote soi-disant démocratique de se dérouler. Quelques instants pour se pencher un peu mieux sur la chose et voilà la supercherie découverte. La vidéo et le texte émanent d’un militant UMP qui émarge au syndicat d’extrême droite UNI. Sur son blog il ne s’en cache pas et, affichant ce qu’on appelle une tête à claque et un cul à coups de pieds, il ne fait somme toute que ce que peut faire tout blogueur engagé en politique : lire les faits au prisme de ses positions. Ces faits sont justement moins évidents que ceux décrits sur Le Post et la lecture de LibéLyon resitue le problème. Une fois de plus on a voulu criminaliser la protestation via un stratagème policier, la présidence de la fac a organisé un scrutin sans légitimité sous le contrôle de vigiles et le résultat de 80% favorables à une reprise des cours a été établi en l’absence (ou l’abstention vu le type de vote ?) de 85% des inscrits.

Souci, le site, qui a récupéré ce qui a été mis en ligne sur ce blog, n’en dit mot. Pas de sourçage, de contextualisation et de mise en perspective. Juste un tampon : « Info vérifiée par la rédaction ». Faut oser 🙂 Voilà qui la fout mal pour Le Post.fr dirigé par un Benoit Raphaël prompt à donner des leçons. Cela la fout encore plus mal pour la crédibilité des médias et notamment d’un pure player qui tangue entre populaire et populiste. Le web en prend un coup niveau fiabilité. Et non pas par le biais de blogueurs soi-disant inconscients mais par celui d’un site d’infos, qui se veut donc sérieux et être une solution à la chute de la presse écrite et autres médias traditionnels.

Si je m’en étais arrêté là, ce billet n’aurais sans doute jamais existé. Mais j’ai commencé à lire les commentaires. Et entre les  » fainéants d’étudiants gauchistes », les « gens qui travaillent dur pour créer de l’emploi et de la richesse » et autres « envoyez les CRS », une certaine pensée de la France trouvait son expression. Comme elle la trouve sur d’autres sites, blogs ou courriers des lecteurs. Comme pour l’info, finalement le pays n’aurait-il pas des dirigeants à la hauteur de sa réflexion ? Après tout nabotléon a trouvé 53% d’électeurs et tous n’ont pas été pris par surprise. Quand cette France de petit commerçants, de bourgeois moyens et de je ne sais quoi se fera manger par l’ordre sécuritaire qu’elle appelle de ses voeux pour protéger le peu qui lui est octroyé, faudra-t-il la plaindre ? La défendre ? Lorsque le libéralisme la jettera comme une vieille chaussette essorée aura-t-elle autre chose que ce qu’elle a encouragé ? Et si ces cadres moyens, ces commerciaux bling-bling se prennent des taloches faudra-t-il voir finalement autre chose qu’une stricte application de la loi du plus fort qu’ils ont encouragée barricadés dans leurs pavillons ?

D’ailleurs, un récent sondage plaçait encore le tout-petit-président en tête au premier tour, comme l’UMP aux Européennes, même s’ils seraient ensuite minoritaires politiquement. Mais face à une opposition morcelée.

Car de l’autre côté de l’échiquier, reconnaissons que ça ne va guère mieux. Le PS dirigée par une social-démocrate à la pensée d’un autre siècle n’est plus le moteur de rien. Et chaque boutique continue des jeux bien complexes là où on pourrait être en droit d’attendre une pensée innovante. Celle-ci existe mais dans la société, chez des groupes,  d’intellectuels ou non, au travers de réseaux informels. C’est de là que pourrait émerger l’alternative à un double échec : celui d’un système économique et du fonctionnement politique qu’il a mis en place où même les oppositions, de complices à radicales, se font piéger.

C’est ce qui se passe sur le terrain syndical. Une manif puis on se revoit. Surtout ne pas être débordé et conserver le système qui permet d’exister. Alors de succès en succès – car le 1er-Mai en fut un aussi malgré les arguties de quelques médias sous contrôle du patronat -, on ne sort pas de la petite promenade à pieds une fois de ci de là. Une nouvelle fois en mai. Puis en juin, nous dit-on. En espérant que les vacances calment les esprits des empêcheurs de céder en rond face aux patrons. Et à la rentrée : on verra bien. Est-ce vraiment à la hauteur des enjeux ?

Un président désavoué par 65% des Français et rien en face. Encéphalogramme plat au sarkoland ? Entre ceux qui sont trop intoxiqués par l’idéologie des 20 dernières années et les immobilistes par calculs de chapelles agonisantes, on (vous) mérite(z) peut être bien la situation actuelle…

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Posted in: humeur, Politique