Quand Hadopi enterre les institutions

Posted on 30 avril 2009

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Normalement là je devrais rien foutre. Quand je me suis lancé à moi-même l’idée d’un billet quotidien c’était en pensant en faire un tout les jours… sauf ceux où je n’en ferais pas. Genre me reposer, glander et plus si affinités . Et aujourd’hui je me voyais bien en terrasse avec un Mad Movies ou à rassembler quelques éléments sur fond musical pour un billet sur mon blog « Rapido ».

Seulement j’ai eu droit à un début de nuit hadopesque. Très bien ce flux – quand il lag pas – qui permet de suivre les débats à l’Assemblée. Il devrait fonctionner en permanence sous forme de premier pas vers la future organisation politique. Parce que la première journée du deuxième examen d’un texte recalé par une opposition majoritaire grâce à une majorité absente – on pourrait donc tenir pour valable l’idée qu’il a été rejeté – a permis quelques enseignements. En plus du fond d’un texte inique (en tout cas y veut niquer les internautes).  En gros l’Assemblée est morte. Et donc avec toute légitimité des institutions. Embêtant (ou pas) car cela autorise par avance toute action en période de crise qui ne sera qu’une résistance à un ordre injuste.

Je m’explique. On a d’abord eu droit à une majorité godillot qui regardait ses sabots mais n’en pensait pas moins pendant que quelques missionnés montaient au créneau. Copé lâché tel un roquet le cul encore rougi de sa fessée élyséenne du premier rejet, Gosselin, grassouillet dont la droite fait ses haineux Raoult depuis la Cagoule, et même, obligation de faire les fonds de tiroir, une Panafieu, c’est dire qu’ils avaient pas grand monde en stock pour porter la voix de leur maître.

Puis Riester, rapporteur paltoquet qui assènait très vite qu’aucun amendement ne serait retenu. A ce moment-là, une chose restait à faire : plier et enterrer le Parlement. Mais il fallait bien faire semblant. La gauche tenta de se battre entre rappels au réglement, suspensions de séances et autres manoeuvres comme un appel au quorum pour le vote du renvoi en commission finalement refusé mais qui valut aux sarko-sbires d’aller se coucher une heure plus tard. Tiens pour une fois épargnons un instant Albanaze et regardons plutôt, grâce à Bakchich, comment le pire to pire nous menace :

Ils maîtrisent peut être mieux la compta publique au moment de voter sur une loi de finances 🙂

Le problème pour ces soi-disant représentants est que, pendant que le pouvoir du nain leur vend une soupe, les choses évoluent. Albanunuche leur servit hier le couplet du texte soutenu par toute la profession du disque et pas que les majors. Manque de bol ! Les indépendants avaient le même jour poussé un coup de gueule et les petits labels apporté une contribution à lire absolument (ici sur le site de Telerama). Inquiets, ils n’en soutiennent pas pour autant Hadopi et établissent des contre-propositions, dont certaines ont des allures de licence globale, dans l’objectif de sauver la création notamment en assurant une distribution plus équitable que celle confisquée par les majors que sert la politique du tout-petit-président. La veille, le cinéma indépendant avait pris une position identique (lire Ecrans.fr).

Un communiqué du SNJ, syndicat majoritaire en France chez les journalistes, pourtant plus enclin à être réformateur que contestataire, venait enfoncer le clou. Là où on met en avant la défense du droit des auteurs, comme par hasard on fait entrer le ver (le trojan 🙂 ) qui servira les intérêts du patronat, des éditeurs de presse et des groupes financiers qui sont derrière. Instructif  (c’est par là pour le texte).

Pendant ce temps, un pouvoir en pleine dérive dangereuse introduit la Loppsi (loi pour la performance de la sécurité intérieure). Et ni une ni deux, ce nouveau pas nous entraîne tout bonnement vers la fin de la neutralité du net. Risquant de ne pas être aussi clair, je vous renvoie vers l’analyse d’un spécialiste sur le nouveau scandale de l’Etat Sarko.

Au passage rappelons que l’Hadopi prétend inspecter nos mails et que circule déjà une solution pour les crypter car toute répression appelle réaction.

Ce débat tronqué et vicié par avance fait ressortir une fois de plus la faillite d’institutions qui ne représentent plus qu’elles-mêmes et d’une organisation des pouvoirs qui n’est plus en adéquation avec les réalités actuelles: celles d’une démocratie plus directe et référendaire, d’initiatives participatives et numériques et de mandats qui si ils existent encore ne pourront qu’être plus impératifs ou sous contôle constant. C’est le moment de prononcer la faillite de la Ve République que le quinquennat et l’inversion du calendrier avec des législatives « soumises » au résultat de la Prsidentielle ont fini d’enterrer. Un système où la seule opposition peut venir d’une fronde interne dans le parti majoritaire est un régime de parti unique. L’UMP s’est fait mettre au pas sur Hadopi comme sur d’autres choses par nabotleon. Il est plus que temps de rappeler que le pouvoir n’appartient pas à ce qui n’est que des délégataires qui n’ont plus vraiment représentativité ni légitimité.

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