Travailler tue…

Posted on 28 avril 2009

2


…Travailler peut nuire à votre santé et à celle de votre entourage. Travailler peut entraîner une mort lente et douloureuse. Plus littéraire en mode Cesare Pavese (rien qu’au titre j’avais acheté) : « Travailler fatigue ».Ou musical : « Travailler c’est trop dur »

Attention, je n’évoque même pas les maladies professionnelles type amiante et autres produits auxquelles de malheureux salariés ont été exposés au profit de quelques uns et au mépris de toutes les règles de sécurité avant que l’Etat ne prenne ses responsabilités; salariés qui ont dû mener une lutte inégale face au patronat et aux puissances de l’argent.

Je parle juste de cette idéologie néfaste qu’est le travail et le système de dépendance du salariat avec une rareté de l’emploi créée et utilisée pour le bénéfice du patronat et de l’actionnariat. Un système poussé à son comble via la surconsommation et l’endettement pour emprisonner les individus.

L’inanité de cette organisation éclate de plus en plus  avec la pression renforcée sur les employés, la pénurie d’effectifs organisée, la mise en place de hiérarchies intermédiaires aussi stupides que serviles – incapables, ou assez manipulées, de se rendre compte qu’elles ne sont qu’un rouage pressurisé – et un discours culpabilisatur. Tout cela déboule chez les médecins du travail. Dans les meilleurs des cas.

Troubles musculo-squelettiques, de la vision, dépressions, stress, fatigue, suicides… la liste est longue (bon papier avec des exemples confondants dans Libé sur la souffrance au travail) de l’inadaptation entre une  idéologie productiviste et les légitimes aspirations de  gens condamnés au silence par un ordre répressif basé sur le mensonge d’une nécessaire croyance en l’entreprise et d’un obligatoire investissement dans ses tâches.

Parce que le vrai débat est avant tout sur le champ des idées. Une éducation, un discours, un ordre économico-politique se sont mis en place pour lier emploi et bonheur, entreprise et réalisation perso… Il fallait être fort en matière d’intoxication et de manipulation pour y arriver.

La crise aura au moins eu ça de bon :  le fainéant, l’adepte du job alimentaire, des allocs… ne peut plus être traité comme un paria. Et des idées iconoclastes font leur chemin, preuve qu’elle ne le sont pas tant mais ont été marginalisées par le ban des économistes et de la médiacratie autorisés. On peut à nouveau siffloter le « Sois fainéant » de Coluche et c’est tant mieux.

Mais il n’y a pas que ça. Sur l’air de « faut-il perdre sa vie à la gagner ? », des réflexions en cours vont bien plus loin. Dans un temps intermédiaire, il y a les possibilités d’adaptation en mode de transition. Je suis tombé par hasard sur un texte (ici) – plutôt de droite au fond – qui analyse avec le cynisme nécessaire comment concilier besoin d’argent, intérêt pour ce qu’on fait et, s’il n’y en a pas, éventualités pour prendre les chemins de traverse.

Au-delà, une pensée plus large adaptée à la démocratie directe et numérique émerge. C’est celle d’un post-capitalisme inéluctable qui puisera ses modèles à plusieurs sources pas si taries que ça. Ses pistes sont multiples et je vais me limiter à la notion de rapport de dépendance au travail.

Une contribution sur Rue 89 (inside liens vers textes détaillés) met celles ci en avant : – garantie à tout citoyen adulte (travaillant ou non) d’un revenu vital décent
– partage des profits à parts strictement égales entre travail et actionnariat.

La démarche, dont évite de parler des politiques obsolètes, est aussi présentée comme « revenu de vie »*.  Parce qu’il est temps de reparler de partage du travail et des richesses, elle est incontournable. Elle changerait le rapport de dépendance employeur-employé, et modifierait largement le champs du social. Si j’ai de quoi satisfaire mes besoins vitaux, de quoi ais-je besoin en plus et que suis-je prêt à faire pour ça ? Plus loin que la réflexion intermédiaire qui faisait appel à l’expertise pro dans tel ou tel domaine pour travailler moins en gagnant assez,  elle nous entraîne vers le travail à temps choisi – donc la création d’emploi. Elle ouvre aussi la porte à des possibilités d’implication et de réalisation au-delà des horaires légaux de « chagrin » en usines ou bureaux : activités sociales, implication dans la vie de la cité, formation, vie perso, culture…

Utopiques il y a peu, cette démarche et d’autres  suivent leur chemin pour dessiner les lignes indispensables d’un demain plus humain.

* Lire aussi sur Wikipédia la note sur l’Allocation universelle, autre nom de ce revenu.
Publicités