De quoi Hadopi restera-t-il le non ?

Posted on 12 avril 2009

2


« Le président de la République réaffirme son attachement aux droits des créateurs et sa volonté de voir appliquée au plus vite la loi création et internet. Cette loi résulte d’un accord conclu entre les artistes, les producteurs et les entreprises de télécommunications. Nicolas Sarkozy n’entend pas y renoncer quelles que soient les manoeuvres dérisoires qui n’ont comme seul effet que de nuire à la diversité de la création« .

On pourrait appeler ça s’essuyer les pompes sur la tronche du parlement. Genre république bananière quoi. Surtout que le communiqué émane de l’Elysée et d’un président censé être le gardien des institutions. Ca la fout mal. Pour le moins. A penser que les pressions des compagnies et des amis de la compagne qui aime « se faire téléporter » (ndlr : Kirk étant à l’inter bien sûr) sont plus puissants que le respect d’un vote. Après la collusion, c’est quoi l’étape suivante ?

Bon il est vrai que la pauvre Albanulle n’a pas de bol. Après avoir été taquinée par cinq gus dans un garage, la voilà piégée par dix autres qui se cachaient derrière un rideau. Et héroïque, elle nous met même sa démission dans la balance.

Alors là je dis : tu es député UMP,tu en a marre des permanences à la con dans une circonscription de ploucs et tu rêves d’un maroquin ou, plus simplement, tu ne supportes pas les coupes de cheveux version playmobil; tu sais ce qu’il te reste à faire.

N’empêche que, comme l’écrit Numerama  » Sarkozy aura du mal à dissimuler le camouflet politique qu’il a subi. Le rejet d’un texte par le Sénat ou l’Assemblée Nationale après son examen en CMP n’est arrivé qu’à trois reprises dans l’histoire de la cinquième République, en 1963, 1977 et 1983. Nicolas Sarkozy n’avait pas du tout imaginé pouvoir subir dès la deuxième année de son quinquennat une désertion de sa majorité que son prédécesseur Jacques Chirac avait su éviter pendant ses douze années de présidence. Il y avait 26 ans qu’un tel évènement ne s’était pas produit. »

Le texte touchant à des sujets fondamentaux en matière de libertés, de justice, de présomption d’innocence mais aussi de surveillance numérique, d’intérêts privés et d’insertion du pays dans les développements écos liés au web, on a bien senti que pas mal de députés de la majorité umpiste avaient préféré aller voir ailleur s’ils y étaient le jour du vote à l’Assemblée. C’est qu’ils ont aussi des électeurs. Et ont, pour ceux qui le souhaitaient, pu s’informer des risques du projet. Bouché à l’émeri, le pouvoir en place en place va tenter se donner les moyens de passer en force lors d’une séance de rattrappage avec une majorité sous haute surveillance depuis l’Elysée qui renvoie l’échec sur Copé, Karoutchi et Fillon plutôt que sur la stupidité de son texte.

Sauf que du mauvais coup que l’on espérait faire passer dans une rue sombre et sous le témoignange de quelques internautes, on est arrivé à une mobilisation beaucoup plus large et à, enfin, la nécessaire politisation du dossier. Car politique, il l’est bien sûr; pour les raisons évoquées précédemment et qui combinent le taquet dans les gencives élyséennes et les enjeux liés aux NTIC sur lesquels il sera moins facile de pratiquer la politique des copains et des coquins en pleine lumière d’une seconde lecture qui sera nécessairement – il serait temps – plus largement suivie par les olds medias.

Taquins, on ne peut s’empêcher se noter que cette affaire tombe bien mal pour le sarkozysme au moment où il est contesté au sein de la droite par des villepinistes ragaillardis. La version sarkoland a pris un sévère coup dans l’aile. L’unité de façade autour de l’arrogant petit maître à talonnettes se fissure. Ainsi, sur ce dossier de l’Hadopi, le plutôt conservateur (revendiqué comme tel), et connu pour ses propos jugés homophobes, député de droite et blogueur Christian Vanneste a ré-affiché sur France-Info sa dissonance vis-à-vis des velléités d’albanaze et n’a pas hésité pas à enfoncer le clou dans un long entretien (pose toi et écoute peinard, c’est dimanche 🙂 Tu peux quand même louper la 2e partie)

Du coup ça nous en aurait quasi réveillé le PS. A l’approche des élections européennes, celui-ci, qui doit sans doute pas mal de ses échecs à son soutien au libéralisme et à la pensée unique communautaire, trouve un terrain d’attaque susceptible d’être un peu porteur. Il donne ainsi raison à ses courageux mousquetaires qui forts de leur compétence ont bataillé ferme, et un peu seuls, lors de la première lecture.

Intéressante politisation non ?, exprimée par un Benoit Hamon qui a soutenu la licence globale lors de la campagne interne du PS.

On n’échappera certes pas à l’acharnement thérapeuthique. Mais quelles en seront les conséquences pour l’état de la majorité et en termes de remobilisation de la gauche ? La pression citoyenne, elle, ne devrait pas fléchir. Les débats devant reprendre le 28 avril (vraiment pressée de passer avant des textes européens contraires l’Albanulle), un appel à une manif aussi printanière que parisienne est lancé pour le samedi 25 avril. Et une série ouverte d’idées d’actions se prépare. Face aux artistes sortis de leur manche par les sarko-sbires dans une liste qui demande du recul sur sa véracité, la liste de ceux qui s’opposent à cette loi liberticide augmente en nombre et renforce sa position. Le plus amusant reste quand même que les moyens de contourner les dispositions commencent à se diffuser.

Autre ironie : le pseudo-argument d’une volonté de défense de la création par les majors ne parvient plus à cacher les vrais objectifs de ces compagnies et les ayants-droits reconnaissent implicitement l’échec annoncé de la loi qu’ils soutiennent.

Et pendant ce temps, d’autres avancent comme la BBC qui propose un programme en licence creative commons sur lequel les internautes sont invités à interragir. Encore une leçon…

C’est  long, compliqué ? Vous n’avez pas saisi tous les enjeux ou voulez les expliquer autour de vous. On m’a glissé ce lien parfaitement pédagogique et donc à suivre 🙂

Publicités