Ségo : la dame dans l’auto avec un boubou et un fusil*

Posted on 11 avril 2009

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Je ne suis pas ségoléniste. Pas plus qu’autre chose en tout cas. Mettons nous tout de suite d’accord: je n’ai pas remis les pieds dans un bureau de vote depuis la gauche de gouvernement du deuxième septennat de François Mitterrand – abstraction faite de la personnalité fascinante de l’ancien président -, un peu en retard d’ailleurs. Mais je plaiderai la jeunesse pour ne pas avoir tiré de suite les conséquences du tournant de la rigueur imposé par l’idéologie libérale dominante de l’Europe en construction.

Avantage de la position : suivant le raisonnement « élection piège à cons » je n’ai pas eu à avaler les couleuvres imposées du raisonnement démocratique et à reconnaître quelque légitimité que ce soit à tout pouvoir depuis Ballamou. Bref, ma came serait plutôt du côté d’utopistes minoritaires prêts à tout remettre à plat, fût-ce au sein de comités invisibles, plutôt que de ceux qui tentent d’accomoder les restes d’une organisation deliquescente.

Ces précautions prises : elle m’épate. Moi qui du royalisme n’aurait jamais imaginé que de tirer les plans d’une absurde monarchie-anarchiste, faut bien que je reconnaisse que la dame du Poitou trace un chemin aussi imparfait qu’à géométrie variable qui a le mérite d’exister, là où on cherche à entendre quelques voix, pourtant soi-disant plus compétentes. Avant de détailler, reste quand même le bémol lié au fait que Ségolène Royal est une piètre oratrice. Je dois être de la vieille école mais la parole me semble rester un lieu essentiel de la politique et, tout comme au mauvais français du nain élyséen, je ne peux m’empêcher de préférer l’expression d’un Fabius en tribune ou même – soyons fou – le verbe plein d’enflammement maîtrisé de Villepin.

N’empêche. Regardons d’abord quelques images avec du son. Comme un art de la provocation.

Mises en ligne hier par dakarblog

Moi j’appelle ça passer une deuxième couche. Et il semble que l’ex-candidate a retenu de Mitterrand, comme je le lisais l’autre jour, « qu’il n’y a d’opposition qu’inconditionnelle ». Une attitude qui évite d’être illisible dans un consensus mou qui évoque forcément certains « blanc bonnet et bonnet blanc ». Il y a ce qui est fait (et ne marche pas) et, d’un autre côté, une autre voie. Laquelle ? C’est encore par là que se situe un peu le souci 🙂

Cela dit en quelques sorties, des séquestrations de patrons à la politique africaine avec les « excuses »  de Dakar en passant par le plus anecdotique boubou (qui a eu le mérite de faire ressortir un peu mieux la connerie umpiste), Ségo a obligé tout le monde à se positionner en fonction d’elle. Joli coup.

D’autant que celle qu’on peut soupçonner de dérives droitières (et qui a été battue en parti pour cela au sein du PS) est en train de revenir… par la gauche. Et c’est la direction d’un PS-appareil qui apparaît une fois de plus comme un vieux machin immobile entre ses éléphants, ses jeunots coincés et ses barons de province suffisants de leurs insuffisances. Sans parler de l’exilé du FMI qui n’a d’autre alternative (et volonté) que de poser du mercurochrome sur la jambe gangrénée.

Tellement bien joué que revoilà l’ex-dame en blanc à la hausse. Elle pointe comme meilleure opposante à Sarkozy selon un sondage Opinionway publié vendredi 10 avril par Le Figaro et LCI. Elle prend ainsi la tête des alternatives au sein du jeu politique traditionnel avec un 14% qui lui permet de piquer d’un rien la place à Besancenot (13%). Tous deux sont loin devant l’entrant Villepin, le descendant Bayrou et Hamon.

Il n’en demeure pas moins que, pour  l’instant, on n’est que dans le joli coup politique. Mais qu’elle (comme les oppositions de droite d’ailleurs)  va devoir nourrir ce qui ne pourrait rester que du vent. Là où rien ne semble émerger, on peut quand même s’impatienter et se demander si le temps ne serait pas venu de tracer quelques pistes. Parce que c’est d’une adaptation globale et d’un virage radical dont nous avons besoin, loin des conclusions d’un G20 pour rien. On attend l’ouverture des portes et des fenêtres et une bonne bolée d’air.

Il y aurait donc un certain intérêt à reparler et à évaluer des notions comme partage du travail (eh oui, pourquoi s’arrêter à 35 heures quand le chômage repart et qu’il a matière à piocher dans des dividendes exagérés ?), autogestion, démocratie directe via le numérique, fin de la verticalité des pouvoirs, redistribution et justice sociale, droits et représentation des salariés, prise en charge du chômage, revenu minimum d’existence (accès à la santé, au logement, à la nourriture) , conception de l’entreprise, libertés individuelles… Liste loin d’être exhaustive.

Alors, chiche ?

* Les plus jeunes intrigués par ce titre se rappelleront que Wikipédia est leur ami : ici et .
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Posted in: Politique