Je n’irai pas manifester le 19 mars… quoique

Posted on 16 mars 2009

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Non, je ne me lèverai pas jeudi matin pour aller manifester. D’abord parce que je n’aime pas me lever (et que subsidiairement je travaille la nuit). Mais je n’irai surtout pas manifester le 19 mars justement parce que l’appel à manifester se limite à ce jour-là.

J’ai beau tourner et j’avoue ne pas comprendre ce mot d’ordre de syndicats capitulards avant même d’avoir essayé. Ou peut être trop bien le comprendre. Comme si le temps était encore aux partenariats et au réformisme, aux négociations et aux compromissions, comme si l’échec de ces concessions n’était pas assez patent sur tous les terrains.

Les mots ont un sens et quand j’entends journée d’action, je comprends aussi ne gênons pas trop les intérêts du patron, ne faisons pas chuter ce que rapporte les actions. Et je vois bien ces organisations qui pour durer prennent garde d’éviter de surfer sur le souffle qui s’est levé depuis la Guadeloupe de Domota. Un vent de victoire pas encore achevé là-bas mais qui n’est pas retombé. L’espoir, que dis-je, la démonstration que l’ont peut. Qu’il faut vouloir. Mais que pour vouloir il faut savoir en finir avec la compétition et l’envie de se placer comme interlocuteur privilégié en faisant acte d’allégeance et en se montrant prêt à être le moins disant, le moins demandant, le moins exigeant, le moins prenant.

Pas un jour sans que l’on licencie. Pas un jours sans que l’on délocalise. Pas un jour sans que les difficultés n’éclatent. Pas un jour sans qu’on apprenne les profits et/ou les irrégularités de tel ou tel. Pas un jour sans que des dividendes immoraux soient versés. Pas un jour sans un scandale d’Etat, mensonge ou népotisme de l’oligarchie en place. Pas un jour où le salarié ne soit pas pressé et rabaissé, dans l’acier des usines ou le verre de bureaux glacés, par des hiérarchies elle-mêmes trop stupides pour se voir prisonnières d’une idéologie mensongère et obsolète. Pas un jour sans que la répression, la surveillance, le flicage n’avancent pour tenter d’étouffer toute parole dissidente, toute forme d’expression innovante.

Alors pourquoi je ne perçois pas des mots comme reconductible, grève générale ? Tout cela et le reste ne méritent-ils qu’une marche Bastille-Nation pour qu’après on remballe les pancartes et plie les revendications ? Les syndicats n’ont-ils d’autre idée qu’un défilé bien ordonné sur un parcours déposé pour aller obtenir une prime de ci, 500 euros de là – 3000 balles sous forme de one-shot, tu vas aller loin avec ça – comme on jette une poignée de sel aux serfs, quelques écus aux manants ?

L’exemple, j’y reviens encore, vient de nous être donné que décidés on peut. Que, pacifiques, l’action, l’occupation, le blocage, ça marche. Que la peur doit (va ?) changer de camp et que les profiteurs peuvent reculer. Que tout peut être repensé. Encore une fois, sont-elles aveugles ces organisations qui ne voient pas que de l’étudiant au retraité, de l’ouvrier au médecin, du paysan à l’employé un appel à un autre demain est lancé ? Aveugles, sourdes ou selon la bonne vieille théorie des organisations n’existant plus que pour elles-mêmes ?

On aurait pu entendre suggéré au compagnon de prendre sa canne ferrée, au paysan sa fronde et à l’ouvrier sa barre de chantier. Oh pas pour s’en servir mais pour menacer, pour montrer l’étendue de sa colère. On aurait pu entendre évoquer qu’il valait mieux amener son manger car il allait falloir tenir, ne pas faiblir.

Mais quoiqu’il en soit les flots qui vont se rassembler ce 19 mars ne méritent pas une nouvelle trahison. Celle de remarcher au pas d’un ordre périmé dès le 20 au matin…

Un peu de radio en vidéo du ras-le-bol, de la colère qui monte… d’un petit artisan (je crois) sur RMC :

Alors, oui ça peut valoir le coup de se lever, d’aller manifester le 19 mars. Je le ferai peut être qui sait. Si je sais que le soir on n’aura pas plié. Si il y a un 20, un 21…

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Posted in: humeur, Politique