Le sarkozysme au révélateur de l’affaire Coupat

Posted on 8 mars 2009

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114 jours de prison pour Julien Coupat. Embastillé dans les geôles du sarkoland sous couvert de terrorisme, on lui reproche des sabotages de caténaires sur des voies de chemin de fer à l’automne dernier. Un dossier qui relèverait tout au plus de la destruction de biens publics voire tout simplement d’actes de malveillance.  Seulement voilà, le pouvoir a voulu réaliser une opération spectaculaire – on se souvient du très médiatique débarquement dans le village de Tarnac – en construisant une fantomatique menace anarcho autonome d’ultra gauche (chacun y reconnaitra les siens  dans ce shaker idéologique – à lire au passage un survol des « totos » qui n’ont rien de commun avec leurs ainés des 70’s) et il faut bien justifier une telle stratégie de la peur. Alors un dossier vide ne pèse pas lourd face à une  intox d’Etat.

Donc ce vendredi 6 janvier, le parquet général de la cour d’appel de Paris s’est opposé à la demande de remise en liberté – la quatrième – de Julien Coupat, présenté comme le chef de la soi-disant cellule.  La cour d’appel  rendra sa décision le vendredi 13 mars. Que les parquetiers, par la nature de leur lien de subordination à la Chancellerie, aient l’habitude de servir de paillasson au pouvoir politique n’est en soi pas une surprise; reste à savoir quelle sera la marge de manoeuvre des magistrats du siège dans cette affaire.

L’un d’eux m’avait expliqué il y a quelques années avec son accent rocailleux du sud-ouest que cela pouvait s’évaluer à l’aune de la volonté de carrière de chaque juge. Indépendants, ils n’en sont pas moins soumis aux décisions et notes d’un appareil complexe en ce qui concerne leur avancement et leurs mutations. On peut espérer que ceux parvenus à la cour d’appel de Paris sont arrivés au faîte de leur ambition. D’un autre côté, ils ont certainement dû démontrer par le passé toute la souplesse de leurs échines pour parvenir jusqu’à une telle juridiction.

La détention de Coupat reste révélatrice de la dérive du système sarkozyste. La République ne devrait pas tarder à devoir s’adjoindre le qualificatif de démocratique, signe en général des régimes qui tendent à ne pas l’être. Parce que dans un dossier où neuf personnes sont mises en examen, notamment pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et où ce détenu à titre préventif (de quoi ?) de 34 ans est également poursuivi pour « direction d’une association de malfaiteurs terroristes », une incrimination passible des assises, la « cellule invisible » dénoncée par le pouvoir l’est tellement que pour l’instant les éléments à charge relèvent du fantasme. Ou du montage.

Voir un pouvoir politique s’asseoir sur la séparation des pouvoirs et intervenir en matière judiciaire est plutôt une habitude. Mais en général c’est pour couvrir les turpitudes des copains et des coquins et relève du domaine financier et affairiste. La sarkozie innove en transportant cette manière de faire dans le domaine des idées. Alors, sans parler encore d’eaux pétillantes, de carottes ou de tissus imprimés chers à la capitale de l’Allier, il y a bien là l’occasion de constater la dérive autoritaire d’un régime qui entend faire régner sa police de la pensée, licence dont serait exclue toute démarche autre que celle tenant pour acquise, légitime et définitive une organisation sociale et économique.

C’est ce type de remise en cause et rien d’autre qui donne des sueurs froides au nain élyséen et à ses sbires. C’est à cela que l’on doit la tentative de manipulation de l’opinion par la peur au sujet de soi-disants ennemis intérieurs que seraients ces frondeurs venus du front des idées. En temps de crise, face à l’incurie des méthodes essayées et au ridicule des oppositions reconnues (rions un peu du PS ici) et labellisées, une contestation radicale et fondamentale pourrait trouver preneurs au fur et à mesure qua va s’étendre la rage au ventre des laissés pour compte et la prise de conscience de l’intoxication idéologique montée sur les ruines d’un mur berlinois.

Dire qu’autre chose est possible, ne pas vouloir jouer le jeu, appliquer et s’appliquer des règles de résistance de proximité et de désobéissance organisée, faire des choix marginaux relèvent de l’insuportable pour ce sarkoland fragilisé. Ses nombreuses tentations de dérives autoritaristes et de flicage (filtrage du net programmé, j’y reviens le temps de laisser refroidir le clavier) en révèlent paradoxalement la talon d’achille…

Comme pour tout, il n’est pas inutile in fine d’en revenir au texte. On peut passer par les commentaires. Narvic avait livré une analyse fort intéressante de « L’insurrection qui vient », ouvrage collectif du Comité invisible auquel on accuse Coupat d’appartenir, sur son blog d’ordinaire consacré aux médias, Novövision (tribute Yves Adrien), dans un article intitulé L’invention d’un gauchisme post nucléaire. D’autres avaient ouverts des discussions plutôt critiques sur la portée d’un écrit parfois jusqu’auboutiste comme par exemple sur Mondialisme.org.

Mais on peut se référer directement aux publications du Comité invisible (ici Pdf) au travers d’un communiqué récapitulatif (comite-invisible) et d’un manifeste intégral (linsurrection-qui-vient) aussi dense que court (135 pages).

 » À travers Julien Coupat, c’est la liberté de penser qui est aujourd’hui menacée. La liberté d’écrire également », écrivait le Snes-up cette semaine. Et d’ajouter : « À ceux qui proposaient d’enfermer Jean-Paul Sartre, le général de Gaulle avait répondu : « On n’embastille pas Voltaire ». Manifestement, le pouvoir actuel ne semble pas si bien éclairé. »

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