L’insurrection venue des îles (Guadeloupe et Martinique)

Posted on 11 février 2009

1


Pauvre ministre Jégo. Avec sa tête à être premier dans un concours de circonstances le ministre de l’Outre-Mer a réembarqué pour la Guadeloupe. Mais les poches vides face au mouvement de mécontentement et à la grève générale qui paralysent l’île. Autant dire qu’il est attendu de pied ferme. Le niet est venu de Fillon, maitre à bord pendant que le nabotléon visite Bagdad avec un monsieur K que la Tribune de Genève annonce remplacé par Védrine prochainement, ce qui démontre une fois de plus que ce sont les postes qui manquent, pas les traitres.

Donc, sur le coup de pouce aux salaires demandé par les Guadeloupéens et pour schématiser la pensée première ministérielle du pilote de voitures à pédales : « C’est nada pour les bamboulas. Z’ont qu’à se démerder avec leurs patrons là-bas. Si je donne et que ça se sait je devrais faire un geste pour les manants d’ici aussi et cela mon petit roi me l’interdit au nom de ses amis. Avec un peu de chance, c’est loin et les médias à notre demande feront pas trop de foin sur la contestation dans nos colonies DOM-TOM ».

Mais déjà la colère a gagné la Martinique voisine où les mêmes maux produisent des effets comparables et une situation explosive. C’est ce que j’ai pu ressentir au travers de témoignages reçus de « métros » installés sur place depuis longtemps.

J’ai ainsi appris qu’il n’y a plus d’école depuis jeudi dernier. Les stations-service sont fermées sauf celles (huit) réquisitionnées et protégées par les gendarmes. Il y a eu des  émeutes et agression aux pompes. Il n’y a plus de transport, les commerçants ne sont plus livrés et les artisans entrent dans la grève. Des casseurs en moto sont apparus en marge des manifs, en profitant pour cambrioler.

On m’a aussi indiqué que le début de semaine a été marqué par un affrontement sur un barrage en centre ville entre une bande de jeunes et des policiers avec grenades lacrymo. EDF est rentré dans la grève. Les hopitaux par contre sont épargnés mais ils commencent à manquer d’approvisionnement en produits pharmaceutiques car ils fonctionnent en flux tendus sans stock à cause des restrictions budgétaires qui les frappent…

Depuis  samedi, les grévistes ont fait fermer les supermarchés les uns après les autres. Ils ont fait partir les clients avec leurs caddies sans payer. Dimanche une manifestation du carnaval a été annulée à Fort-de-France mais les organisateurs, en soutien au mouvement de grève, ont organisé un défilé dans la rue au son des tambours.

Les témoins sur place ont fait état d’une recrudescence de la tension lors de la journée d’hier. Ainsi, ce mardi, la zone de fret sur l’aéroport a été bouclée ainsi que  le port. Les protestataires passent dans les communes  et dans les rues de Fort-de-France pour faire fermer commerces, bureaux…  Des gens ont siphonné les réservoirs sur le parking d’un hôpital (Le Lamentin).

Pour l’heure, il n’y a pas de problème pour les passagers au niveau de l’aéroport m’a-t-on aussi signalé. Mais le sentiment qui prédomine sur place est que c’est parti pour durer un bon bout de temps et que la mobilisation de la population est très forte. Et les métropolitains installés sur place s’inquiètent aussi de voir les choses dégénérer en conflit noirs/blancs…

On voit bien que la situation est proche d’être insurectionnelle face aux difficultés accumulées et à la crise. Ce vent de révolte traversera-t-il l’Atlantique ? Ou des réponses satisfaisantes seront-elles rapidement apportées ?

[Mise à jour à 17h30 (heure de Paris) : Une interlocutrice qui vit sur place relativise les tensions noirs/blancs. Pour elle, la tension est généralisée. Si certains ont pu s’inquiéter d’une telle dérive, elle n’a pas pas senti que ça prenait cette direction. On est d’abord dans un mouvement social, analyse-t-elle.

Par ailleurs, un accord a été négocié durant la nuit (c’est encore le matin aux Antilles) pour une baisse de 20% les produits de première nécessité mais le collectif demande de partir des prix avant le cyclone Dean et pas des prix pratiqués juste avant la grève car les prix avaient flambé ces 2 dernières semaines.
Aujourd’hui, il n’y a pas eu de livraisons de carburant, même pour les stations réquisitionnées. Les gens avaient fait la queue durant nuit devant les stations. Un hôpital, le CH Lamentin, est entré en grève avec des revendications salariales à hauteur de 300 euros contre 200 en Guadeloupe… Le conflit, là aussi, semble parti pour durer, les syndicats n’ayant pas l’intention de lâcher indiquent-ils. A se demander si ceux de métropole auraient pas besoin d’y faire un bon stage au lieu de remettre aux calendes marsiennes une dynamique pouvant ouvrir sur une nuvelle conception des rapports sociaux]

Publicités
Posted in: Politique, Société