2009, la lutte débute par l’autoréduction

Posted on 3 janvier 2009

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Autoréduction. Voilà une idée qu’elle est pas con. Et je dois reconnaitre que je ne connaissais pas ce concept pourtant efficace par de multiples aspects. Immédiats d’abord mais aussi médiatiques et symboliques. Au lieu de laisser la crise criser sans nous mais contre nous et les gouvernants décider pour les intérêts de quelques uns, commençons à reprendre les pouvoirs qui nous appartiennent.

Donc samedi 27 décembre à Grenoble, une trentaine de personnes (chômeurs, précaires, autres…) a envahi le Monoprix.

« Par petits groupes, diverses courses ont été faites, en vue de redistributions notamment, dont des denrées « de fête » ; puis, arrivés aux caisses, blocage, alors qu’une banderole était déployée et des slogans criés : « Face à la crise, nous réquisitionnons, nous partageons »

Le gérant (« directeur adjoint ») est bientôt descendu, et, après négociation, s’est entretenu avec la police arrivée sur les lieux qui est repartie ; le gérant a laissé sortir les manifestants avec une quinzaine de sacs, « donnant sa parole » qu’il ne porterait pas plainte et que tout ceci demeurerait sans suite… Les clients présents ont plutôt bien réagi, certains à la fin sont venus voir les manifestants, disant bravo. »

C’est ce que nous indique le site www.cip-idf.org. Une démarche semblable avait eu lieu la semaine précédente à Rennes et le 31 décembre le Monoprix de la rue du faubourg Saint Antoine à Paris a reçu pareille visite d’une « cinquantaine de précaires, chômeurs, intermittents de l’emploi, du spectacle, étudiants… »

L’acte en lui-même est déjà sympa d’autant que les denrées sont allés aux réveillons de personnes démunies. Mais surtout cela nous ramène à la question de la redistribution des biens et des richesses avec des grands groupes exploiteurs (j’ai eu l’occasion il y a 20 ans de passer quelques mois dans la grande distribution, c’était déjà quelque chose : autant dire qu’aujourd’hui les conditions de travail, d’exploitation – caissières etc – de flexibilité, de pression sont bien pires) dont les benefs explosent .

Pour mieux comprendre ces actions, lire le tract que voici que voilà : Pdf

Et un oeil sur Wikipédia pour mieux cerner l’idée d’autoréduction :

« L’autoréduction consiste pour un groupe d’usagers à imposer au fournisseur une baisse du prix d’un produit ou d’un service. Il peut s’agir d’une diminution du prix d’un service, par refus notamment d’intégrer une augmentation jugée indue (par exemple comme ce fut souvent le cas lors de la grève des loyers à la Sonacotra), mais l’autoréduction peut aller jusqu’à la gratuité (détournement, piratage, vol etc.) voire prendre la forme de véritables pillages de supermarchés. Cette pratique de « réappropriation prolétarienne » a été systématisée par le mouvement autonome dans les années 1970 qui parlait aussi de  communisme immédiat », nous explique l’encyclopédie en ligne et participative (qui a besoin de quelques dons si vous avez eu de grosses étrennes 🙂 )

Il va bien sûr s’agir d’une démarche collective. En gros un mec seul qui se sert dans un magasin, c’est un voleur (sauf à tomber sur un juge qui reconnaisse la nécessité immédiate pour des questions de survie), une bande qui pille, c’est des casseurs mais… un groupe qui prend et refuse de payer en bloquant c’est… des emmerdeurs. Ainsi qu’un sacré casse-tête policier et juridique sans doute.

On pourra appeler cela une forme de réquisition citoyenne et cela me semble relever de l’économie de crise comme d’autres démarches qui vont peu à peu émerger entre système D et « piratage ». Le collectif RTO livre une analyse assez large et fort utile de l’autoréduction ici.

En ce début d’année de crise, il y a là une des formes alternatives de réponse à l’idéologie que l’on tente de nous faire avaler et à la politique économique des copains et des coquins. On peut parier que Sarko-MAM et leur mafia en seront renforcés dans leur obsession de voir des anars partout et les chars sino-coréo-cubains dans leurs bégonias.

Pour le fun: la démarche peut aller plus loin. On peut ainsi pratiquer l’autoréduction du temps de travail en jouant avec les règles sur l’absentéisme et en se réappropriant du temps (qui nous appartient in fine) face à un patronat qui sans la moindre morale impose, lui, des horaires de travail incompatibles avec la vie des salariés. C’est l’idée développée par decroissance.info qui nous invite à sortir d’une logique économique imposée.

Nous ne serons donc pas sans ressources face à l’oppression économique que la crise va justifier.

Plus léger, on peut survoler ici la notion de marchandage. Une pratique qui revient (ou se développe) et qui dit à la fois la baisse des revenus mais aussi que le consommateur n’entend pas se laisser prendre pour une truffe. D’autant que la notion de prix d’un bien est assez fluctuante. Ceux qui se sont tournés vers l’occasion, le report d’achat de produits qui baissent en un an de moitié… l’ont compris depuis longtemps. Et l’intoxication de la nouveauté pourrait bien sombrer avec le modèle qui l’a portée. Il y a fort à parier que l’on retrouve enfin un peu de bon sens et des questions basiques sur le besoin d’acquérir tel produit et à quel prix. Mais en faisant cela, nous saperons les bases du système dominant…

Si le régime en place joue de plus en plus sur les peurs et dérive vers l’autoritarisme, c’est d’ailleurs qu’il sent confusément cette tentation qu’ont les citoyens de prendre des voies de traverses et qu’il veut montrer le bâton…

[Mise à jour du 4/01 : Monoprix semble avoir décidé de réagir par un dépot de plainte indique le site Rue 89. Du coup l’enseigne bobo aux bénéfices considérables appartenant à Casino et au groupe Galeries Lafayette met en avant les notions de vol et d’extorsion avançant des menaces… Et tentae de nous faire pleurer en disant que la démarche a nuit… aux employés qui sont intéressés aux bénéfices. Bein voyons. On risque d’avoir à faire à un parole contre parole (menaces diront les employés de l’un sous pression de leur direction, don diront les militants) et à un conflit judiciaire complexe. Au passage, même si le cas n’est pas applicable en tant que tel, l’état de nécessité existe en droit et peut permettre et justifier certaines actions.]

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Posted in: Politique, Société