Raconte pas ta vie (1) : la Camif

Posted on 3 novembre 2008

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Parler de soi sur un blog. Bof. En général. Mais de temps en temps, un tranche de vie ça peut nourrir les chiffres brutaux du fil de l’actu.

Pour tout dire, il y a eu comme résurgence de souvenirs à la lecture de « Camif, la fin d’un monde enseignant » écrit par Annick Cojean dans le Monde. Juste du journalisme. Du reportage. Trop bien pour ce machin proto-libéral même que je me suis dit ayant lu l’article. Elle mériterait un vrai journal la petite dame (dont on m’a appris après que le talent avait déjà été salué par le passé).

Parce que j’avais bien lu les trucs bruts : 780 salariés à la rue, des dettes et tout ça… J’avais vu aussi que des clients se retrouvaient dans une drôle de situation du côté du magasin de Bron.

Mais j’avais un peu oublié ce qu’a pu être le catalogue de la Camif. Pour certains. Tiens moi (on y arrive) : ma mère était dame de service dans un établissement rattaché à l’Education nationale. Au passage, dame de service j’ai toujours préféré à ATOS, nom donné par la suite à tout ce qui n’entrait pas dans un autre cadre – les administrations et autres adorent ce genre de sigles pour nommer ce qu’elles ne veulent pas trop voir – même si avec un « h » (déjà) Athos fut longtemps mon mousquetaire favori avant de pencher, en prenant le physique de Porthos, pour l’hypocrisie et le côté chafouin de ce prêtre libertin d’Aramis.

Je sais je digresse. D’un autre côté, historiquement, c’était une même époque pour moi. Donc la Camif, qui voulait aussi dire qu’on étaient assurés à la MAIF, ça vous posait une famille. L’article de Cojean résume bien  ce que c’était. Il y avait du militantisme derrière. Et si les articles n’étaient pas vraiment moins chers, l’argument de la qualité et du SAV faisait la différence. Alors, je me souviens plus du détail, mais de la télé au matos de camping, je crois qu’on était largement équipés Camif.

Et puis y avait le catalogue. Putain, avec mon frangin on a passé des heures à rêver devant : quelle chaine hi-fi était la meilleure ? Et quelle télé ? Et les meubles. J’en ai meublé des apparts imaginaires avec ce catalogue. Et un net gout pseudo-bourgeois pour ce qu’ils appelaient rustique  (m’a passé, merci 🙂 ). Il y avait même des tables pour téléphone… à une époque où il était loin d’être dans tous les foyers. Pas chez moi en tout cas.

Cette histoire me renvoie aux seventies (deuxième partie peut être). Il y eut alors, contre, ou en marge, des pouvoirs dominants économiques et politiques, une vraie création d’alternative sociale.

Le plus visible : l’autogestion façon Lip. Une entreprise pensée autrement, hiérachisée différemment était possible. L’objectif devait être autre chose que le profit maxi et rapide.

Mais il y eut des choses plus simples : biblios de quartiers, MJC, centre sociaux, CE… qui permirent un mélange, une diffusion des savoirs. Je dois en oublier et pas des moindres. Mais c’est ça que l’idéologie libérale depuis 25 ans veut flinguer. Pas de salut en dehors de « sa » version de la réussite.

C’est l’histoire d’Edmond Proust narré dans l’article du Monde qui m’y fait penser. Et de la volonté de son petit-fils, Jean-Pierre Proust de repartir. Les vautours ont voulu dévorer les idées du mutualisme ou de l’économie sociale. Ils sont entrés dans le jeu ou ont attiré ces sociétés dans leurs filets et ont tout cassé. Certes.

D’ailleurs, que sont devenues les démarches de André Essel (auteur d’un excellent « Je voulais changer le monde »)  et Max Théret (qui se fit, semble-t-il, prendre au jeu du capitalisme), fondateurs d’une Fnac autrement respectable que celle où vous allez aller vous ruiner pour Noël ? Et la volonté de Gilbert Trigano au lancement du Club Med n’aurait-elle pas été largement détournée ?

Sont-elles mortes pour autant ? Poser la question c’est déjà y répondre et on a tous sous la main des micro-exemples d’une contre-économie qui permettra un jour de se sentir fier d’être sur un chemin de traverse en lisant un simple catalogue…

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Posted in: Politique, Société