Sarkozy se verrait bien en Palpatine de l’Europe

Posted on 24 octobre 2008

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Au soir du repas au Fouquets’ du gnome à talonnettes de Neuilly, j’ai des témoins, je lançais à la volée : nous voilà avec un des pires aspects du Bonapartisme dans une version non seulement libérale mais à la solde de la finance. Sarko venait d’être élu et, entre ceux qui arguaient qu’il fallait lui laisser sa chance et me trouvaient outrancier, ceux qui avaient voté pour lui en croyant aux vertus d’un changement (lequel au fait ?) avant de bien vite déchanter et les électeurs traditionnels de droite, je me fis bien rabrouer. J’ai les noms mais je ne les donnerais pas (de suite 🙂 ). Sans parler de la gauche ségoléno-mollassonne et centro-compatible ne sachant plus à quelle « sainte » se vouer qui venait encore d’en prendre une bonne et dont les tenants faisaient pitié à voir, errant comme comme un boxeur zombifié par une bonne branlée.

Sautons toute une série d’épisodes inquiétants. Pas plus tard qu’il y a deux jours, on apprenait que le nain élyséen était agité par des envies de grandeur et que la crise – pour laquelle et jusqu’à nouvel ordre le sytème capitalo parlementaire n’a trouvé que de quoi sauver les banquiers et les financiers d’abord, un peu pour les patrons mais toujours nib’ pour les « citoyens » – lui fournissait un excellent tremplin avec son art consommé de vendre des réussites qu’on attend toujours de voir.

Le Monde.fr relevait donc l’intervention devant le parlement européen du rusé qui se voit déjà tirer les marrons du feu de la turbulence financière « pour imposer sa vision économique de l’Europe et continuer à présider l’Union européenne au niveau de la zone euro, au moins pour une année supplémentaire ».  Après l’échec du Traité de Lisbonne, grâce au non irlandais (seul peuple consulté directement par des élites qu’un amalgame aussi rapide que sûr nous donne donc pour discréditées), et utilisant aussi la crise en Géorgie (pour laquelle il ne fit rien si ce n’est de passer pour un idiot au Kremlin) pourquoi ne pas rebondir. Et contourner le peu d’obstacle démocratique qui reste.

Facile ont dû penser les pères Joseph repus de petits fours au Château de le rue du Faubourg Saint-Honoré. Après lui, la présidence tournante du Conseil va échoir à des Eurosceptiques et/ou à des petits pays. Bah, dès lors laissons ce Conseil de côté. Les seize dirigeant de la zone euro se voient dans l’informel Eurogroupe qui réunit en général les ministres des finances.

Du menu fretin quoi. D’ailleurs Sarko ne l’a pas envoyé dire aux parlementaires au sujet de la pré-réunion du 12 octobre qui a préparé les réponses (inutiles à ce jour) aux turbulences boursières : « la seule réunion des ministres des finances n’est pas à la hauteur de la gravité de la crise ». Donc ?

Donc il faut une réunion périodique du machin avec les big boss, les chefs d’Etats et de gouvernements. Un Directoire ou tout comme, noterons ceux qui ont révisé leurs cours d’Histoire.

Mais l’homme est pressé et speedy nabot a déjà prévu l’enchainement puisque cet Eurogroupe n’a aucune existence juridique. Il peut donc se doter d’une présidence sans traité institutionnel. Après les solutions divergent : élection interne ou attente que le tour de présider le Conseil revienne à un membre du groupe, genre l’Espagne en janvier 2009 ? Ca mange pas de pain et d’ici là des vents favorables peuvent encore souffler dans les ailes élyséennes.

Comme il faut tout prévoir (essayer), on commence par écarter les éventuels concurrents. D’où les sorties contre le pourtant très économiquement libéral et diplomatiquement souple Premier Ministre (et ministre des Finances) luxembougeois, Jean-Claude Juncker. Ca tombe bien en plus : on tance justement les paradis fiscaux ce jour-là. Le nain en met une couche devant le parlement et la télévision (libre et nationale comme disait Coluche), bonne voix de son maitre, poursuit le boulot.

Il est prêt le mari de la chanteuse pour le Consulat et le poste de Premier Consul. S’il faut passer par un 18 brumaire pour cela ? On verra. Pas forcément d’ailleurs, le président des riches français invitant, dans un premier temps au moins, à partager le couvert le puissant Prime minister british et l’influence de sa City.

Ca fait élucubrations tout ça ? N’empêche qu’ hier, alors qu’il annonçait quelques cadeaux bonus à ses amis patrons il en a repassé la couche retranscrite ici par l’AFP

« Sarkozy a de nouveau plaidé pour un «gouvernement économique» de l’Europe qui se traduirait par une réunion de l’Eurogroupe au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement.
«Plus que jamais, l’Europe prend conscience qu’elle a besoin d’un véritable gouvernement économique, dont elle vient d’expérimenter ce qu’il pourrait être, et l’utilité qu’il pourrait avoir», a-t-il affirmé lors de son discours.

«C’est tout naturellement l’Eurogroupe qui doit en être le cadre», a-t-il poursuivi, «mais non pas comme aujourd’hui au seul niveau des ministres des Finances, mais au niveau politique le plus élevé, celui des chefs d’Etat et de gouvernement qui débattent et qui décident ensemble en prenant leurs responsabilités face à la crise économique, comme ils l’ont fait le 12 octobre à Paris». Le chef de l’Etat a fait part de sa «stupéfaction» qu’on ait dû «attendre cette crise pour se réunir à ce niveau-là». »

Si ce n’est pas avoir de la suite dans les idées, y’aurait comme du cousinage. Reste à savoir s’il se rêve d’aller jusqu’à l’Empire. Et si oui, en héritier du 1er ou de celui de Louis-Napoléon largement élu président avant de rompre avec l’état de droit.

Son surnom de Naboléon, qu’on a piqué à Victor Hugo siouplait,  nous ferait bien sûr pencher pour le second, traître à la République qui l’a fait, liberticide cynique mais dont l’action économique a été réévalué depuis mon passage sur les bancs de l’école républicaine qui voyait alors en lui un dictateur et un exploiteur. Il serait regardé aujourd’hui sous un oeil plus ambivalent : développement, modernisation et succès économiques des patrons, paupérisation, misère, peuple vivant dans les conditions décrites par Zola. L’approche de Wikipédia s’avère assez intéressante à lire là. Mais comme toujours elle n’exemptera pas d’une exploration bibliographique plus approfondie (j’anticipe le mail d’un ami prof).

Amusants aussi les réseaux entre Neuilly et la Corse et on se dit qu’une réédition du Coup d’Etat permanent offrirait une saine (re)lecture.

Et Palpatine dans tout ça ?

Faudrait voir à réviser sa Guerre des Etoiles les petits. Et notamment la prélogie (La Menace fantôme, L’Attaque des clones, La Revanche des Sith) tournée après la première trilogie mais qui relate des événements antérieurs. Si George Lucas essuya pas mal de critiques (justifiées) pour un triptyque dont La Revanche des Sith est le seul épisode à vraiment tenir la route, le parcours politique de Palpatine (chevalier ayant choisi le côté obscur par ailleurs) inspiré aussi bien d’Hitler que de Bush serait à réviser en cours de sciences politiques et n’a peut être pas échappé à Sarko-le-petit.

Alors demain, empereur ? Sarkozy maitre de l’Europe ? A quoi pense-t-il donc en se rasant ?

Illustration libre de droits
à retrouver en suivant le lien
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Posted in: Politique