Libéralisme : la main était invisible, elle n’existait pas

Posted on 12 octobre 2008

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Frédéric Joignot vous connaissez. C’est le genre de mec dont on peut se dire : tiens si j’étais moins burne, j’aurais bien voulu faire un peu comme lui.  Ecrivain-journaliste, il fut de la première période de Libé, avant de rejoindre Actuel puis Nova. Aujourd’hui il bosse pour Le Monde 2 (qu’il contribua à lancer), Philosophie Magazine et a fondé cette année la revue Ravages.

Tout ça histoire de dire que quand un mec comme ça se pointe sur la toile, on n’a pas à faire à un blogueur du dimanche (ou à la petite semaine, au choix). Et de lire (ou relire) un plus qu’intéressant papier qu’il avait écrit en février 2004 rendant compte d’un entretien avec l’économiste Joseph E. Stiglitz (prix Nobel 2001), souvent présenté comme un tenant du néo-keynésianisme mais qui surtout a pu vérifier de l’intérieur les dérives du néo-libéralisme.

Joignot a remis en ligne son article qui annonçait largement l’actuel merdier et dont voici l’accroche :

« Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, ancien vice-président de la Banque Mondiale (dont il a démissionné, dénonçant déjà ceux qu’il appelait les « fondamentalistes du marché »), s’est montré un des économistes les plus clairvoyants de la décennie en annonçant dès 2003 la fracassante crise du capitalisme financier – il publiait  alors « Quand le capitalisme perd la tête » (Fayard). Je l’avais rencontré en février 2004 pour Le Monde 2, frappé qu’il ait été invité conjointement par le Forum Social de Bombay (altermondialiste) puis le Forum Economique Mondial de Davos – où se retrouvent les plus grands dirigeants d’entreprise et leaders politiques. À l’époque déjà, il tenait des propos d’une actualité extrême au regard du tsunami qui dévaste aujourd’hui la planète financière. »

L’intégralité est est à lire d’urgence grâce à un simple clic.

La capitalisme tire à sa fin ?

Autre saine lecture : une interview sur le site du Monde.fr. Le sociologue Immanuel Wallerstein  y estime que « la crise actuelle signe la fin du capitalisme » et que d’ici peu « un nouveau système aura émergé ». Ce chercheur de l’université de Yale, ex-président de l’Association internationale de sociologie (présenté comme un des inspirateurs de l’altermondialisme) s’appuie dans sa réflexion sur « le temps de la longue durée », conceptualisé par Fernand Braudel, et la notion des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff ou Joseph Schumpeter. On se rengorgerait presque d’avoir instinctivement senti le coup venir et ce serait une belle occasion de sauter au plafond.

Cependant – il faut toujours un mais quand on entre dans l’écriture de l’Histoire à faire – le champ reste ouvert et la nouvelle donne pourrait nous emmener vers un système plus redistributif et en adéquation avec les aspirations légitimes du plus grand nombre mais aussi vers un système encore plus violent (et répressif). Quoiqu’il en soit, cela en passera par un effondrement politique et il conclut l’interview avec humour par un avertissement : « Et n’oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés… »

Une saine lecture pour se préparer un lundi qui déchantera moins sous l’intoxication idéologique en action.

A l’aune de ces analyses, je ne peux que rire des tentatives des has-been politiques des deux bords, incapables de penser « autre chose » et d’en tracer la voie, pour profiter de la situation afin d’en tirer une bien ridicule rente politicienne.

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Posted in: Politique, Société