Une « Histoire » privée de parole (Rouillan) ?

Posted on 2 octobre 2008

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L’histoire autour des propos de Jean-Marc Rouillan me turlupinait. Je m’étais même repenché sur la page Wikipédia d’Action directe pour essayer de bidouiller un billet. Laisse tomber m’avait-on (elle) alors conseillé et de m’entendre expliquer : c’est un peu lamentable, de l’histoire passée, des mecs qui se sont gourrés, radicalisés dans l’erreur et n’ont plus rien à voir avec les réalités d’aujourd’hui. Bon, d’accord (je suis parfois facile à convaincre pour certaines personnes mais ça dure… quelques instant).

Mais vl’a tis pas que je tombe sur un papier excellent d’une Chloé Leprince sur Rue89.

Complet me dis-je, rien à ajouter. Et donc… me voilà y laissant le long commentaire que je te livre ici (petit veinard)  :

« Difficile de rejeter totalement un Rouillan. Oui des veuves, des orphelins ont pleuré un mari, un père. Mais ces pères-là avaient fait verser pas mal de larme à ceux qui perdirent leurs mains, leur âme et parfois la vie au champs du labeur. Par provocation, un peu, mais aussi analyse j’ai toujours soutenu que la frange parisienne de AD (Frérot et Olivier ont dévié vers des choses moins explicables) n’avait jamais fait de victimes « innocentes ». Mais il y eut victimes quand même et erreur politique ou/et stratégique. Plutôt que le rejet c’est donc la mise en perspective historique qui devrait nous guider.

Le  parquet de Dati (autorité directe de la Chancellerie sur les procureurs) réagit sur quoi ? Une phrase dans laquelle l’ex-terroriste (on aurait dit résistant s’il avait eu raison) dit, en gros, qu’il ne peut rien dire. Et là, problème. Un droit commun qui se répandrait sur ses actes passés risque de blesser une personne, une famille. Quantité négligeable pour les supérieurs de ce magistrat.
Un « politique », lui,  remettrait en cause un système bien plus large dont la Justice n’est que trop souvent le servile instrument qui châtie le faible et laisse filer le puissant.

On comprend aisément que pour ceux qui ont installé les marionnettes Dati et Sarkozy, il ait fallu réagir. Et vite. En ne disant rien, Rouillan en dit déjà trop. D’abord il ne fait pas ce bel acte de contrition façon bon chrétien et le mea culpa public qu’ ils voudraient le voir faire. Que ne dit-il pas : « vous demande bien pardon msieur-dames, me suis trompé » ?
Il laisse même supposer, non pas qu’il referait la même chose, mais que la situation est comparable ou pire. Et que, violente ou pacifique, les raisons de la lutte sont bien là.  Il veut poursuivre son combat. Sans doute d’une façon plus mure et moins desperado romantique qui l’embarqua dans une inutile impasse.

En aparté : Belle occasion de se flinguer du NPA au passage, vous avez remarqué, puisqu’il va voir là où les idées ont encore un peu de liberté critique vis à vis de ce qu’on veut nous faire passer pour un modèle indépassable? Et qu’on le reçoit comme un mec qui a payé.
Tiens, d’ailleurs, ceux qui nous la jouent choqués ne trouvent rien à redire quand l’un des leurs, condamné (parfois avec des décisions devenues miraculeusement clémentes, n’est-ce pas Juppé, Tapie, Mellick, Balkany…) retrouve siège, place ou direction d’entreprise.

Et puis ça tombe mal (ou bien peut être pour détourner un peu l’attention?) au moment où d’heure en heure les gouvernants nous apparaissent comme de pauvres hères sans boussole et qu’une crise vient nous rappeler que le capitalisme est « condamné à s’effondrer de ses propres contradictions ». On voudrait bien que les pov’ gens mettent la main à la poche pour sauver le système et ceux qui en profitent sans trop se poser de questions.

Rouillan s’est fourvoyé. D’autres aussi. Soit l’homme est con, borné, soit il le sait. Mais les leçons qu’il risque alors d’en tirer pourraient bien être encore plus sévères et déstabilisantes pour les forces qui se partagent les postes au service, d’une manière ou d’une autre, des mêmes intérêts.
Le romantisme de l’activiste passé (on s’y laissa parfois séduire, erreur de jeunesse ici avouée), on veut juste étouffer la liberté d’expression d’un homme qui continue de payer sa dette à la société.

Condamné, taisez vous! Vous risqueriez d’apporter des éléments au débat (ou pas ce qui serait tout aussi intéressant à savoir). »

Lire l’interview de L’Express en ligne depuis mercredi ici.

Ajouts : On peut aussi voir et revoir un film de Pierre Carles : Ni vieux, ni traitres, pas facile à trouver en DVD (essayez là) qui évoque AD, ses acteurs et se veut un essai de réflexion sur l’usage de la violence.

En voici un extrait (le début) sur YouTube (on peut y retrouver le film dans son intégralité mais scindé en plusieurs parties) :

[Mise à jour (3/10) : Le régime de semi-liberté de Jean-Marc Rouillan a été immédiatement suspendu hier par le juge d’application des peines de Paris, compétent en matière de terrorisme, dans l’attente de l’audience sur le fond qui aura lieu le 16 octobre. La décision a été prise sur demande du parquet, qui a aussitôt diffusé l’information.

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Posted in: Politique, Société