Rien ne presse

Posted on 2 octobre 2008

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Je vois déjà venir la question : pourquoi ce titre ? Ca veut dire quoi ? Franchement j’en sais rien mais c’est moi qui décide. Disons que pendant la crise les petites (ou grosses) affaires entre amis continuent.

C’est donc aujourd’hui que s’ouvrent des états généraux de la presse, « Grenelle » des médias voulu par le directeur des programmes des grandes chaînes Hertzienne et chef de Tout-ici-bas, Nicolas X, dit Sarko-le-petit. Les « old fashion médias », le web poussiéreux des grandes marques, les sites d’infos en ligne et la blogosphère 2.0 sont des sujets que j’évite d’habitude ici. Mais là difficile de passer à côté. D’autant que quelques liens bien sentis vaudront toujours mieux qu’une longue analyse. Ca fait moins boulot et on évite d’emmerder tout le monde avec un long développement.

D’abord qu’attendre de ce machin ? Pas grand chose sauf pour les patrons fournisseurs, officiels ou non, du « Château ». A la base des discussions, un rapport confié à une obscure conseillère parisienne qui nous a paru peu à l’aise et pas vraiment pointue sur ses dossiers interviewées qu’elle était par Dugeon hier soir sur I-télé. Ca fait 60 pages (écrit gros et avec plien de remerciements genre mémo où on a tiré à la ligne) et voilà le bidule : rapport-giazzi

On y verra que les nombreuses consultations se sont concentrées sur une infime palette de représentants des différents médias. Etonnés ?

Pour les plus pressés découvrons grâce à Narvic que 34 propositions sont formulées en quatre temps :

  • « donner quelques gages, très vagues, sur le pluralisme et la déontologie…
  • réformer la presse écrite et l’intégrer à de grands groupes multimédias.
  • réformer l’AFP : les dépêches d’agence sont à « la source » de ce nouveau système de l’information.
  • laisser émerger, à la marge, un journalisme indépendant sur internet. »

Pour plus de détails, le texte est décortiqué sur son site novövision à cette adresse. Une lecture qui sera utilement complétée ici et par ses nombreux billets et liens.

Bref, on nous balance encore un machin diligenté par des gens qui ont tout compris des enjeux des TIC comme le prouve la ministre Albanel à chacune de ses sorties. Giazzi, qui a sa propre page, avait d’ailleurs interprété sa lettre de mission par « les médias FACE au web ».  Pas grand chose donc à attendre pour le lecteur-citoyen (sur l’intelligence duquel on refuse de parier) ni pour les professionnels de la profession.

Investisseurs, patrons et dirigeants issus du marketing devraient peut être y trouver leur compte. A moins qu’il ne soit bon (leur compte) à plus ou moins longue échéance. L’infotaintment sur laquelle ils comptent pourrait bien s’avérer un monstre échappant à ses créateurs et les dévorant. Mais on est partie pour du groupe toujours et coupe encore (dans les effectifs, masses salariales, qualités et traitements de l’info). Et comme on ne saurait jeter la pierre qu’aux seuls dépeceurs de la bête agonisante, force est de reconnaître qu’il est impossible pour l’heure  de trouver les modèles économiques adéquats pour rémunérer l’information à son cout réel. Ce fut toujours le cas. Mais les solutions viables hier ne le sont plus, faute de vision, de stratégie et d’anticipation.

On va nous reparler de distribution, de coûts de production et quelques autres gadgets. L’un des « penseurs » de ces assises, François Dufour (président du groupe de presse enfantine Play Bac) a déjà lancé quelques idées sur LePoint.fr. Tellement innovantes que quelques vieux de la vieille risquent d’en tomber de leurs fauteuils dans les salles de rédaction… de rire. Comme ça en vrac : des bonnes grosses photos (tiens donc), de la proximité, du franco-français, du sport (sportaintment bien sûr), du marketing plus-produit (la montre, le DVD…)…

Comme le relève Narvic, les blogs ont sans doute un bel avenir : pluralisme, indépendance, innovations ne devraient pas figurer parmi les priorités des quelques happy-fiew conviés au banquet sarkozien.

Les doutes émergent aussi bien de la presse traditionnelle que des médias en ligne:

http://www.rue89.com/2008/10/02/sarkozy-lance-t-il-des-etats-placebo-de-la-presse

http://www.marianne2.fr/Etats-generaux-de-la-presse-le-petit-bout-de-la-lorgnette_a91792.html

http://www.bakchich.info/article5262.html

Et en plus, on va remettre au pas ce qui va devenir la source quasi unique des titres offerts aux amis du pouvoir :

http://www.bakchich.info/article5236.html

Pour le reste… il te restera de bons magazines et ton ordi 🙂

[Mise à jour : Ca a bien Commencé. Sarko s’est fendu d’un discours d’ouverture qui vaut son pesant de cahuètes dans la série j’ai rien compris. L’argumentaire sur le tri, la hiérachisation… semble oublier que le web dans ses évolutions vers le 3.0 et les concepts sémantiques se proposera justement de remplacer l’agrégation algorithmique basique par des formes bien plus pertinentes, sans parler de sites en phases beta qui sont déjà dans cette démarche basée sur une syndication réalisée par des pros de l’info. Un résumé de son intervention en ouverture des états généraux sur 20Minutes.fr ]

Ajout : Pas de chance pour les états généraux. Une affaire de protection des sources et la « bourde » d’un juge, juste au moment d’assises qui évitent soigneusement les questions de contenus éditoriaux et de libertés, est révélée sur le site de Marianne.

[MAJ du 3/10 : Vous avez un avis : http://www.etatsgenerauxdelapresseecrite.fr/accueil/, en bas à gauche le mail pour vous exprimer (attention couper le son discours de Sarko obligatoire en entrant)]

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