Ecran de fumée

Fumer tue. La promesse est écrite en gros sur les paquets de clopes. En général, elle est tenue mais les clients mécontents pourront toujours intenter un procès pour publicité mensongère. Le problème c’est que les anti-tabac casse-couilles ne font l’objet d’aucune loi et que le monde hygièniste où tout est raisonnable, réglementé, politiquement correct… qu’ils me dessinent ne fait pas très envie. Faut-il leur rappeler qu’à la longue, vivre finit par tuer ?  Même si c’est vrai que ça ne fait forcément plaisir d’avoir vu partir des copains qui avaient à peine passer la cinquantaine mais fumé la chandelle par tous les bouts. De colère, on en passerait même à deux paquets par jour…

Ce ne sont pas les premiers frimas automnaux qui vont bientôt me priver de terrasses et me faire préférer la compagnie restreinte mais agréable du fumeur en appartement à celle plus nombreuse de bars et restos sans fumée qui me ramène au sujet. Non, c’est une étude sur Hollywood et la clope.

Bien sûr que Gabin, Bebel et les autres avaient eux aussi la cibiche à la lippe. Mais pas mal de films ricains, en plus du padre et de ses potes, ont bien aidé à me convaincre que, pour en être, fallait pas lésiner sur “le clou de cercueil” suivant l’expression consacrée de Bogie.

“Clark Gable, Spencer Tracey, Joan Crawford, John  Wayne, Bette Davis: ces acteurs mythiques ont été utilisés par l’industrie du  tabac, moyennant des millions de dollars, pour donner une image “glamour” de la  cigarette”, affirment des chercheurs de chez l’oncle Sam. Le Pr Stanton Glantz (Centre de recherche et d’éducation sur le  contrôle du tabagisme de l’Université de Californie) et son équipe ont eu accès aux contrats passés entre les producteurs de  tabac et les stars de cinéma sous l’égide des grands studios de Hollywood,  depuis la fin des années 20 jusqu’au début des  années 50.

“Les studios ayant eu le plus d’accords  promotionnels avec l’industrie du tabac étaient Paramount et Warner Bros,  particulièrement pour Lucky Strike (American Tobacco) et Chesterfield  (Ligget&Myers)”, nous disent-ils. Et d’ajouter : “American Tobacco a, à elle seule, payé à la fin des années 30 l’équivalent  actuel de 3,2 millions de dollars aux stars véhiculant l’image des cigarettes  Lucky Strike”

“La présence de fumeurs à l’écran est fréquemment dénoncée comme incitant au  tabagisme des adolescents et jeunes adultes”, rappellent ces doctes analystes. Z’ont pas tort. Jusque là, OK.

Mais ça se gâte. Selon le Pr Stanton Glantz “des mesures restreignant  l’accès des mineurs aux films mettant en scène des fumeurs permettraient de  réduire de 60% l’exposition au tabagisme des adolescents.”  Déjà qu’on leur interdit les pelloches avec de la violence et du cul, va pas faire bon être jeunes si ça continue.

Et on va plus loin puisque les voilà stigmatisant les opposants à une réglementation pour les  films mettant en scène des fumeurs qui plaident que la représentation du tabac fait  partie du patrimoine artistique du cinéma américain, citant des classiques comme  “Casablanca” (1942). En gros, faudrait effacer à la palette numérique tous les clopeurs de l’histoire du cinoche ?  Il y a quand même des limites au ridicule non ? Et on fait quoi pour les rock stars, les écrivains… tout ce qui peut servir de modèle à la jeunesse ? Et si leurs parent fument ? On les coffre ?

Et les politiques ? Parce que du Général à Mitterrand (qui arrêtèrent tous deux à la soixantaine), de Pompidou à Chirac…

Et voila que Rue89 soulève le cas Obama. Le noir candidat démocrate, qui aurait tâté un peu du bedos et de la coke, trainerait un boulet bien pire : il continuerait de s’en griller une ou deux en cachette. De quoi perdre l’élection ? Déclencher une procédure d’impeachment ?

Osons une image scandaleuse au risque de poursuites :

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